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Jeunesse

Des effets d'annonce à la réalité

Carrefour Market : la face cachée de l’annonce d’embauche de 15 000 jeunes

L'annonce de 15 000 embauches de jeunes relayée copieusement par les médias avait été un énorme coup de com pour l'entreprise Carrefour. Pourtant, derrière le coup de pub, se cache surtout la suppression immédiate de quasiment tous les CDD et la suppression de toute embauche en CDI.

mardi 26 janvier

Crédits photo : Getty Images

Le 8 décembre 2020, le PDG de Carrefour, Alexandre Bompard, annonçait que son groupe s’engageait à employer 15 000 jeunes pour l’année 2021. Dans un contexte de crise économique ou la jeunesse est particulièrement touchée, avec d’un coté la perte immédiate d’emploi pour beaucoup et de l’autre, l’angoisse d’un avenir difficile avec des diplômes dévalués, le PDG avait sauté sur l’occasion pour se poser en « sauveur » de la jeunesse. Fièrement, il annonçait embaucher 50 % de plus en 2021 par rapport aux années précédentes, se targuant au passage du fait que le groupe Carrefour était le premier employeur de France.

Mais après le coup de communication vient la douche froide de la réalité pour les salariés de Carrefour. Comme en témoigne le communiqué de la fédération CGT Commerces et services, à Carrefour Market, la politique de l’entreprise est d’arrêter le renouvellement de quasiment la totalité des CDD et de baisser drastiquement le recrutement en CDI. Ces baisses brutales d’effectifs sont en réalité une anticipation de l’entreprise pour que sa promesse de 15 000 embauches se fasse à moindre frais. Une politique qui laisse sur le carreau de nombreux précaires, dont certains travaillaient en CDD depuis des années et se retrouvent du jour au lendemain remerciés pour que le groupe puisse faire son coup de communication.

Au delà de la face cachée de l’embauche de 15 000 jeunes, déjà en décembre, ces effets d’annonces sonnaient creux face aux préoccupations de la jeunesse. Si le coup de communication avait été applaudi par de nombreux responsables politiques, pour les jeunes, la perspective de travailler dans la grande distribution reste très peu attirante. C’est un travail physique, inintéressant (manutention, gestion de stock et vente) et très mal payé où les salariés y travaillent surtout par nécessité plutôt que par intérêt. Aussi la course à la productivité et le management toxique des petits chefs peuvent faire vivre un véritable cauchemar aux salariés, à l’image de l’enquête réalisé par Street Press dans un Carrefour Drive de l’Est de la France pendant la période du second confinement.

Par ailleurs, si l’on se penche sur le détail de ces embauches, on s’aperçoit que plus de la moitié des postes sont des contrats en alternance (8000). Pourtant, ce type de contrat reste précaire car à durée indéterminée avec une rémunération calculée en pourcentage du SMIC (selon l’age, l’ancienneté etc..). Les contrats d’apprentissage sont une aubaine pour le patronat notamment pour les subventions d’État qui l’accompagnent (allègement des charges et prime à l’embauche). Plus de la moitié des promesses d’embauches sont donc en réalité des contrats précaires, qui ne sont en aucun cas une solution de long terme pour une jeunesse qui connaît aujourd’hui un chômage dépassant les 20 %.

Pour résoudre le chômage et contre les fausses solutions du patronat, nous devons opposer la revendication du partage du temps de travail entre toutes et toutes et cela sans baisse de salaire, pour réellement en finir avec le chômage massif. Revendiquons aussi l’embauche en CDI de tous les CDD et intérimaires, contre la volonté du patronat et du gouvernement qui est de développer toujours plus des contrats précaires, ultra subventionnés comme le sont les contrats d’apprentissage et plus largement tous les dispositif du plan 1 jeune 1 solution. De manière plus immédiate, l’enjeu est de se battre aux cotés des travailleurs menacés de licenciements contre les milliers de suppressions d’emplois à l’œuvre dans le pays. En ce sens, nous devons revendiquer l’interdiction des licenciements comme lors de la manifestation du 23 janvier. Nous devons nous battre aux cotés des travailleurs en grève contre les suppressions des emplois à l’image des salariés de Total qui luttent contre la fermeture de la raffinerie de Grandpuits où Total utilise des arguments faussement écolo pour justifier la suppression de 700 emplois.




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