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Politique

Services publics à l'agonie

CHU de Bordeaux saturé et tentes sur le parking : une infirmière témoigne

Au 2ème CHU de France, la situation se tend : plus de 8 heures d'attente pour voir un médecin, des patients dans les couloirs, ou encore dehors... face à la problématique de manque de lits et de personnels, la direction a installé des tentes pour ouvrir de nouvelles places...sur le parking. Nous avons interrogé Violain, infirmière aux urgences et membre du collectif Urgences de Bordeaux.

jeudi 3 février

Crédits photo : Cgt Chu de Bordeaux Pellegrin

Mardi, le collectif des Urgences publie des photos sur les réseaux sociaux d’une tente ayant fait son apparition sur le parking de l’hôpital de Pellegrin, deuxième CHU de France, pour pallier au manque de places. Violain, infirmière aux urgences de Pellegrin et membre du collectif a témoigné au micro de Révolution Permanente : « Mardi, au niveau de la Gironde, tous les hôpitaux étaient pleins à craquer ; pleins au niveau des places d’hospitalisation, pleins au niveau des urgences. 80 personnes étaient à l’intérieur dans le service des Urgences, 30 patients attendaient à l’extérieur. Le temps d’attente avant de voir une infirmière pour simplement s’enregistrer s’élevait entre 2 et 3 heures, allant jusqu’à 8 à 10h pour voir un médecin. On n’a pas de places pour prendre en charge cet afflux de patients - pas forcément lié au covid -, les gens sont entassés dans les urgences, et on n’a pas assez de personnel. Dans de nombreux secteurs, les gens attendent dans les couloirs, ce qui les met en danger, puisqu’il n’y a pas de soignants pour s’occuper d’eux. On essaie de s’occuper de ces gens-là en plus des patients qu’on a en charge. La problématique à laquelle on fait face depuis des années c’est qu’on ferme des lits, on manque de places dans l’hôpital, et ça se répercute inévitablement dans les urgences. »

Mardi, deux tentes ont fleuri dans le hall du service des urgences, des «  postes médicaux avancés ». Concrètement, elles sont destinées à « accueillir les patients se présentant aux urgences, et à les orienter  », a expliqué la direction du CHU de Bordeaux à France Bleu. « Quand on a eu un rendez-vous avec la direction il y a plusieurs semaines, on a parlé de cette problématique de places, ils n’ont même pas voulu en parler, que c’était faux, on n’avait pas de problème de places. Ils ont refusé d’en débattre car pour eux ce n’était pas un sujet. Une déconnexion ou des oeillères ? Je ne sais pas, mais deux semaines plus tard ils nous foutent une tente dans le parking. Ils se sont dit que c’est une option de soigner les gens à l’extérieur » raconte Violain, l’infirmière que nous avons interrogée. « Vous avez vu la photo de la tente ? Il n’y a même pas de paravent pour garantir l’intimité du patient... Un drap, aucune distanciation, et des brancards les uns à côté des autres. C’est un scandale. [...] J’aimerais qu’on ne soit pas en médecine de catastrophe comme si on était dans une ONG à l’autre bout du monde, on a besoin d’être entendus et qu’ils nous donnent des armes.  »

L’infirmière témoigne d’une pression énorme pour les personnels qui sont contraints de faire face à ces manques de places avec les moyens du bord. «  Quand on veut faire ce genre de métier c’est une vocation, on veut aider les gens, et ce dans la bienveillance et la bien traitance. C’est même ce qu’on apprend en formation, d’être là auprès des gens. Et on se rend compte que l’hôpital nous permet plus de faire ce genre de bien traitance. Quand on a une mamie qui attend dans le couloir depuis 10 heures, qui crie pour avoir une bassine pour faire ses besoins, et qu’on a même pas d’endroits pour lui proposer une intimité... c’est inhumain. Et psychologiquement, c’est très dur à vivre. C’est pour ça qu’on a une vague de burn-out, la charge et la pression sont intenables. Les personnels finissent par craquer, par partir. Et ça, c’est la problématique de la plupart des services d’urgences.  »

Le classement qui met en deuxième position l’hôpital Pellegrin au niveau national montre pour l’infirmière que « c’est comptabilisé par rapport à des questions d’entreprises et non d’hôpital et de santé publique ». Elle ajoute : « ces classements sont faits sur les chiffres d’affaires, c’est pas humain, et aujourd’hui voilà la situation dans laquelle on est !  ». Elle ajoute : « Depuis 2008, on a beaucoup plus de patients, parce qu’on a une démographie croissante en Gironde. Et par rapport à cette année là, on a moins de places, et plus de personnes à soigner. C’est pas normal. La santé devrait être une priorité  ».

Une situation qui fait écho à la réquisition d’étudiants infirmiers, parfois même en première année sans aucune formation, qui ont été mis aux postes téléphoniques «  pour répondre à des gens qui sont en urgence vitale » explique Violain. Pour elle, « nos problèmes de places c’est pas juste depuis le Covid, c’est le virus qui a mis en lumière mais le problème ne date pas d’hier. Ça nous a demandé une réorganisation dans un chaos qui était déjà existant  ».



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