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Notre classe

Scandale syndical

CHU de Bordeaux. FO et CGT Pellegrin négocient des primes supérieures seulement pour leurs permanents

Au CHU de Bordeaux, les directions syndicales Force Ouvrière et CGT Pellegrin réclament auprès de la direction générale « l'excellence » et +1 point sur la note d'évaluation annuelle. Tandis qu'en même temps ils signent un protocole d'accord à +0,65 pour les agents et continuent de jouer le jeu du gouvernement face à la grogne des hospitaliers.

mercredi 8 décembre 2021

© FREDERICK FLORIN / AFP

Comme tous les ans, les titulaires de la fonction publique sont « notés », à travers une évaluation permettant de faire évoluer une « note globale » comprise entre 0 et 1, qui détermine l’obtention d’une prime annuelle plus ou moins élevé. Cette année un décret gouvernemental est sorti pour faciliter le travail des directions d’hôpitaux suite à la réforme des entretiens d’évaluations, définissant une note minimum de 0,25 seulement. Un minimum ridicule que propose le gouvernement, dans la continuité du mépris qu’a constitué la mascarade du Ségur de la santé. Si on ne parle ici que d’une prime, loin des revalorisations salariales nécessaires, il faut quand même pointer la faiblesse de la note minimum après l’effort collectif fournit par les travailleurs de la santé pendant la crise sanitaire. C’est de plus une politique qui ne concerne que les titulaires et exclue de fait les secteurs les plus précaires de l’hôpital : les contractuels, les travailleurs de la sous-traitance ou du privé, n’auront rien.

Mais suite à cette annonce, alors que des concertations à huit-clos étaient en cours pour obtenir une notation supérieure, certaines directions syndicales ont pris des positions scandaleuses : le syndicat Force Ouvrière du CHU de Bordeaux s’est notamment empressé de demander « l’excellence » à la direction, soit +1 point, pour leurs permanents syndicaux seulement. Une demande que la CGT Pellegrin à également revendiqué par la suite.

Alors que quand le même temps ces sections syndicales ont signé un accord donnant +0,65 aux autres agents, c’est une tentative indécente d’obtenir des avantages financiers lié à des fonctions syndicales. Cette demande exprime une position claire de ces directions syndicales, qui, par leur relation cordiale avec la direction vont sans doute obtenir une prime supérieure. Et le directeur du CHU de Bordeaux, Yann Bubien, a en effet répondu qu’il reconnaissait « l’implication des permanents des organisations syndicales pendant la crise » et était donc favorable à cette distinction.

En somme, une manière pour la direction d’acheter un maintien de la paix sociale. Si cette dernière reconnaît le travail effectué lors de la crise sanitaire par les directions syndicales, on peut effectivement s’accorder pour dire que les syndicats ont joué de manière exemplaire un rôle de contention qui a largement protégé les directions et le gouvernement pendant la crise sanitaire. Alors que les hôpitaux ont été débordés, payant le prix des politiques d’austérités des dernières décennies, aucun plan de bataille sérieux n’a permis d’arracher des conditions de travail digne, permettant de faire face aux pires moments de la pandémie.

Alors que cette demande est tout simplement honteuse, une bataille par tract interposé s’est également ouverte, Force Ouvrière se vantant d’avoir obtenu +0,65 pour tous (pendant qu’ils négociaient +1 pour eux donc !) et accusant certaines sections, comme celle de la CGT Haut-Lêveque de ne pas avoir signé cet accord à +0,65. En effet, la section de cette antenne du CHU a tenu la position cohérente du +1 pour toutes et tous sans distinctions, contrairement aux direction de ces syndicats qui estiment que seulement leurs permanents ont réalisé un travail d’excellence.

Dans cette bataille interne entre les syndicats, il faut voir ce que veulent les agents. Ont-il eu vent de ce décret et des négociations ouvertes autour ? Aucune assemblée générale démocratique n’a été appelé pour en discuter, seulement des échanges entre les délégués et la direction, à huit-clos. Nous devons nous battre contre ses méthodes antidémocratiques imposés par les directions et le triste usage qu’ils font de l’outil syndical aujourd’hui. En militant pour l’auto-organisation des mobilisations et de nos organisations, une gestion à la base et pour les bases pour mettre fin à l’anti-démocratisme ambiant et aux trahisons qui se multiplient. Si ces directions syndicales mettent en avant leur « implications institutionnelles » durant la crise, faut-il leur rappeler que du temps syndical est accordé pour cela ? Sans nier la charge que peut représenter un mandat syndical, on ne peut en aucun cas excuser ces demandes indécentes de traitement différents pour des délégués. Au-delà des élections classiquement organisées, les syndicats devraient être structurés pour empêcher ce type de dérive, avec des mandats révocables par exemple.

Nous devons nous battre contre ces méthodes antidémocratiques imposées par les directions et le triste usage qu’elles font de l’outil syndical aujourd’hui, en militant pour l’auto-organisation des travailleurs et travailleuses de la santé, associant l’ensemble des secteurs et cherchant à élaborer des plans de batailles à la hauteur de la catastrophe sociale que traverse nos hôpitaux aujourd’hui, avec des revendications communes et des méthodes démocratiques pour convaincre largement de s’engager.

Si cette affaire exprime la décadence actuelle des directions syndicales historiques, qui pense à leur place et à l’obtention de quelques miettes supplémentaires, nous ne devons pas abandonner ces outils syndicaux, mais bien les investir et pousser à des recentrages sur les problématiques profondes qui traversent le système de santé en tant que tel, qui s’effondre dans sa globalité, et ce n’est pas une pauvre prime annuelle ni n’est même pas un 13ème mois qui va améliorer les conditions de travail et encore moins permettre l’embauche du nouveau personnel pourtant nécessaire. Dans un contexte sanitaire qui se dégrade à nouveau dans le monde, ce sont des mesures d’urgences qu’il faut réussir à imposer, passant par la nationalisation à la fois du service public de la santé mais aussi de l’industrie pharmaceutique. Le contrôle de la population et des travailleurs sur ces outils centraux pour faire face à la pandémie permettrait de mettre fin aux politiques austéritaires qui ont fermés des lits même en pleine crise sanitaire ou aux logiques industrielles qui font qu’encore aujourd’hui les pays les plus pauvres n’ont pas accès pleinement au vaccin.



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