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Politique

L'enfumage du "bouclier loyer"

"Bouclier loyer" : une mesure au service des grands propriétaires, les travailleurs continueront de payer l’inflation

Le gouvernement a décidé de ne pas geler les loyers mais d’en limiter la hausse à 3,5 % maximum pour un an. Ce qui est présenté comme un « bouclier » n’est rien d’autre qu’une grande farce qui acte la saignée des locataires, dans un contexte où l’inflation explose.

mardi 28 juin

Crédit photo : BFM TV

Alors que l’inflation n’en finit pas d’augmenter, le gouvernement enfonce encore un peu plus le pouvoir d’achat des locataires. Après avoir rencontré les associations de protections des consommateurs, il a refusé de geler les loyers des 14 millions de ménages locataires et a décidé à la place d’annoncer un plafonnement de leur hausse à 3,5 % jusqu’en juin 2023.

Chaque année, l’indice de référence des loyers (IRL) permet aux propriétaires d’augmenter les loyers. Il est censé être réévalué à chaque trimestre en fonction de l’inflation. Cet indice est actuellement à +2,48 % et il devrait donc être bloqué mi-juillet à +3,5 %. Le gouvernement va autoriser les bailleurs à augmenter de 3,5 % maximum au deuxième semestre 2022 et au premier semestre 2023 Concrètement, cela signifie, avec un tel taux, que la hausse des loyers peut être d’au moins 25€ suivant le lieu d’habitation, selon l’association de consommateurs CLCV qui souligne que « les locataires sont noyés sous les hausses de prix ».

Par un tour de passe-passe Bruno Le Maire a annoncé ce lundi matin que cette limite était un « bouclier » logement, qui serait intégré à la loi « pouvoir d’achat » du gouvernement. Une mesure cosmétique qui vise en réalité à faire passer pour une protection un recul et une attaque énorme et inacceptable qui va peser sur les budgets de toute une partie de la population, en particulier les ménages les plus modestes. Le Maire va jusqu’à prétendre qu’il s’agit « du meilleur compromis » entre locataires et propriétaires et que les « loyers seront gelés », alors qu’ils vont précisément continuer d’augmenter au moins jusqu’à 3,5 %. Ce refus de geler les loyers est une décision politique qui vise à ne pas s’attaquer aux intérêts des propriétaires.

Amélie de Montchalin, qui va d’ailleurs bientôt quitter ses fonctions au gouvernement après avoir été battue aux législatives, a prétendu sur twitter qu’ « Un gel des loyers indifférencié aurait pénalisé un propriétaire modeste qui vit de la location de son bien pour compléter sa retraite et dans le même temps favoriserait un locataire aisé. Ce ne serait pas juste ».
Agiter la figure du « petit propriétaire modeste » qui complète sa retraite grâce à une location et de la menace d’une prétendue « injustice » pour celui-ci est bien hypocrite et cynique quand on se penche sur la réalité de la propriété foncière en France.

De tels propriétaires sont en vérité l’exception parmi les requins du marché de la l’immobilier : en France, une minorité de 3,5 % des foyers détient au moins 5 logement chacun et cumule à elle seule la moitié des appartements mise en location par des particuliers sur tout le territoire. En dehors de cela, il faut compter les bailleurs institutionnels et sociaux. La hausse du prix des loyers va surtout profiter aux géants du secteur, tel que Century 21 ou Foncia, et à ces investisseurs « multipropriétaires » aisés, et certainement pas à des retraités qui loueraient leur bien pour compléter leur pension.

En parallèle, le gouvernement annonce une augmentation des APL de 3,5 %, en affichant qu’il s’agit là d’une dépense supplémentaire de 168 millions d’euros pour le budget de l’État. Comme s’il s’agissait d’un cadeau accordé aux allocataires ! Alors que cette hausse est absolument dérisoire et ne suffira pas à compenser la hausse des loyers pour les locataires les plus modestes. Surtout, les 168 millions en question sont bien négligeables quand on se souvient que le gouvernement s’était félicité en novembre 2021 d’avoir économisé 1,1 milliards euros grâce à la baisse des APL. La réforme des APL, entrée en vigueur en janvier 2021, avait amputé le budget des allocataires de 5€ par mois. L’augmentation à venir ne compense même pas cette baisse, et ne peut qu’être insignifiante dans la mesure où elle n’est pas indexée sur l’inflation.

La hausse des prix des loyers intervient en effet dans un contexte d’inflation généralisée : c’est l’ensemble du coût de la vie qui s’est envolé au cours des derniers mois, qu’il s’agisse du prix du carburant, du gaz, des produits de première nécessité. Selon les estimations de l’INSEE, l’inflation va encore continuer à grimper pour approcher la barre des 7% en septembre, et se stabiliser entre 6,5% et 7 % jusqu’à la fin de l’année.

Or, le logement représente la première dépense contrainte des ménages, soit environ 30 % de leur budget. Alors que le reste des dépenses s’envole, se loger va coûter encore plus cher : une augmentation insupportable, et c’est cette réalité que cherche à masquer le gouvernement avec son « bouclier loyer ».

Il s’agit d’une mesure qui vient s’ajouter aux autres, soi-disant en faveur du pouvoir d’achat, et qui en réalité a pour premier objectif de ne surtout pas toucher aux intérêts des patrons et des propriétaires.

Face à cela, ne nous contentons pas de miettes ou de tours de passe-passe ! Il est nécessaire d’imposer un gel réel des loyers. Surtout, à l’heure où les loyers représentent un coût énorme dans les budgets, il est central de se mobiliser pour une augmentation généralisée des salaires et leur indexation sur l’inflation, pour que les travailleurs puissent faire face à la crise. Enfin, il est nécessaire de réquisitionner les logements vides, dont le nombre important augmente artificiellement les prix de l’immobilier dans les grandes villes. Il faudra se battre pour arracher ces revendications et prendre sur les profits du grand patronat, qui ont atteint des sommes records ces deux dernières années de pandémie.



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