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Bordeaux. Les urgences du CHU ferment la nuit : le gouvernement est responsable !

Ce mardi, la direction du CHU de Bordeaux a annoncé la fermeture quasi-totale des admissions en urgence de nuit. Une fermeture inadmissible du service des soins d'urgence, qui reflète la crise profonde de l'hôpital public directement liée au manque de moyens et de personnel dont sont responsables les politiques néolibérales.

jeudi 19 mai

Crédits photo : SudRadio

Fermeture des urgences de nuit, le personnel à bout de souffle

Depuis ce mercredi 18 mai, l’accueil aux urgences du CHU de Bordeaux vous paraitra quelque peu particulier. En effet, si à partir de 17h et que vous n’êtes pas passé par la case Samu ou médecin, vous serez accueilli par deux bénévoles de la Protection civile qui- comme nous pouvons le lire sur Actu Bordeaux- « jugeront si les urgences sont vitales ou non », passé 22h, ces bénévoles seront remplacés par un bouton joignant le 15. Pour le second CHU de France, la descente aux enfers se poursuit.

Pour cause, ce mardi 17 mai, la direction du CHU de Bordeaux, en lien avec l’ARS, a annoncé que les admissions en urgence de nuit seraient désormais « régulées » entre 20h et 8h du matin face à un manque de personnel important. Après la réunion du Comité d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail (CHSCT), la décision de passer en « mode dégradé » dans le service des urgences a été annoncée pour être mise en place à partir de ce mercredi 18 mai.

« Pour avoir accès aux urgences la nuit, il faudra soit être envoyé par un médecin, soit arriver avec le Samu. Il est conseillé désormais d’appeler le 15 pour avoir accès aux urgences de Pellegrin, la nuit. » explique Benoît Elleboode, directeur général de l’ARS à SudOuest. Une réduction drastique de l’accès aux soins d’urgence alors même que les délais d’attente pouvaient atteindre déjà plus de 12h, un constat désastreux aux conséquences morbides.

Si le directeur Général du CHU, Yann Bubien se défend en affirmant que « [l’hôpital] ne ferme pas, [il] régule et uniquement aux urgences de Pellegrin, qui sont les plus sollicitées car les plus pointues de la région ». Mais cela ne peut pas cacher la réalité : les services d’urgences seront fermés et la « régulation » n’est rien d’autre qu’un tri des patients à l’entrée.

La cause de ce mode de fonctionnement dégradé ? "On a environ 40% des médecins urgentistes qui sont sur le départ ou en arrêt de travail en lien avec des burn-out" explique Gilbert Mouden pour Sud Santé Sociaux, au micro de Franceinfo. L’organisation syndicale prévenait déjà de l’hécatombe au service des urgences du CHU à cause de la dégradation des conditions de travail, d’une augmentation infernale des cadences qui ne cessent de s’accroître à mesure que le personnel craque.

Les symptômes de cette crise s’accumulaient depuis déjà un certain temps, par exemple en février, des tentes étaient installées sur le parking de l’hôpital pour faire face au manque de places.

Le deuxième CHU de France n’est donc pratiquement plus en capacité d’assurer aux patients des soins d’urgence de nuit. Après les patients soignés à même les couloirs ou les douches de l’hôpital, les déprogrammations d’opérations pour libérer des lits, des salles d’attentes bondées et délais interminables pour recevoir des soins -menant parfois aux drames-, faute de personnel les urgences vont trier les patients. De même le call center du 15 ne va qu’être qu’encore plus saturé, accentuant les problèmes de prise en charge et donc les risques de décès. Une illustration tragique des conséquences la dégradation généralisée du service public hospitalier en France orchestré par les gouvernements successifs.

La crise des urgences, conséquence structurelle des politiques d’austérité dans l’hôpital public

Les fermetures de service d’urgence par manque de personnel et de moyens sont légion dans l’ensemble du pays. Rien qu’en Nouvelle-Aquitaine, les urgences de Sainte-Foy-La-Grande, de Jonzac, Marmande, Arcachon ou encore à Bagnères-de-Bigorre fonctionnent de manière partielle et « régulées » par le 15. Dans ces zones rurales, victimes de la désertification médicale, ces fermetures rendent les soins d’urgence plus encore difficiles d’accès. Les exemples de fonctionnements dégradés ou de fermetures totales de l’accueil en urgences sont trop nombreux pour être cités ici, la CGT santé a créé une carte interactive sur laquelle on peut voir l’ampleur de la catastrophe.

Cette crise, qu’illustre la situation au CHU de Bordeaux, loin d’être un phénomène isolé, est la conséquence directe des politiques d’austérité, de réduction des dépenses et moyens alloués à l’hôpital, que les différents gouvernements de ces dernières années ont mis en place.

Après la crise de 2008 on a assisté à une accélération de cette logique austéritaire. Les dettes contractées pour sauver les banques et les entreprises, servent depuis d’argument pour réduire les dépenses dans les services publics, notamment dans la santé.

Le premier quinquennat Macron n’a pas fait exception dans cette dynamique, avec des suppressions de lit même en pleine pandémie. Par ailleurs, prétendant améliorer la qualité de la prise en charge des patients, ce gouvernement a rendu les consultations en urgences payantes avec pour seule conséquence l’accroissement des inégalités d’accès aux soins.
La crise sanitaire a mis sous pression maximale les services de soins hospitaliers, et a exposé au grand jour la précarité liée au manque de matériel et de moyens, le manque de personnel entraînant du sur-travail et des burn-outs. Un personnel à bout de souffle et une qualité de soin de plus en plus dégradée, en proie à une saturation des services. La seule réponse apportée par le gouvernement, au-delà des discours hypocrites, a été le méprisant Ségur de la santé qui n’a donné que quelques miettes aux soignants loin de remettre en cause la dynamique de casse de l’hôpital public, tout au contraire.

L’urgence d’unir les grèves à l’hôpital

Cela fait plusieurs années que les travailleurs de l’hôpital dénoncent la casse de la santé et leurs conditions de travail entrant régulièrement en grève. Alors qu’il ont été marqué au fer rouge par les attaques du gouvernement, leur matraque et la pandémie, les mobilisations ont continuer d’apparaître dans le secteur hospitalier.

Récemment, et rien qu’à Bordeaux, les soignants du service des urgences pédiatriques, de la maternité ou encore du service de réanimation ont fait des journées de grève face aux conditions inadmissibles de travail et d’accueil des patients.

Ces luttes sont le symptôme d’un ras-le-bol généralisé aux politiques d’ensemble qui détruisent l’hôpital public, les conditions de travail et met en danger la vie des patients. Mais elle n’est pas inéluctable, les travailleurs en grève montrent la voie pour y répondre.

La réponse doit être à la hauteur des attaques et de la gravité de la situation pour la santé publique. Des revendications d’urgence telle que la formation et l’embauche immédiate de personnel pour faire face au sous-effectif, l’achat et l’entretien du matériel de soin à la hauteur des besoins, ainsi que l’augmentation généralisée des dépenses publiques dans le service public hospitalier, doivent être imposées. À l’heure où les dépenses se tournent vers le réarmement, et l’achat d’outils de mort, il faut à l’inverse demander que les moyens aillent vers les services publics de santé, mais aussi pour la titularisation des contrats précaires et l’augmentation des salaires de tout le personnel hospitalier ! Tout cela financé par ceux qui ne cessent de s’engraisser par un impôt fortement progressif sur les fortunes ! Les moyens il y en a, et pour qu’ils soient employés dans l’intérêt de la majorité, le secteur de la santé doit être entièrement nationalisé et mis sous contrôle des travailleurs.

Pour imposer cette alternative, il est nécessaire de construire un réel plan de bataille. En effet, les journées éparses de grève et de mobilisation n’ont jusqu’à présent pas suffi à imposer un rapport de force victorieux. Partant du constat de l’échec de cette stratégie, les organisations syndicales du secteur de la santé doivent porter un vrai plan de bataille pour défendre les services publics, en particulier la santé. Alors que les hospitaliers ne cessent de démontrer leur détermination à lutter – allant jusqu’à affronter la matraque de l’Etat plusieurs fois- les confédérations syndicales doivent chercher à en finir avec cette situation intenable et mettre à disposition des travailleurs les moyens pour gagner. Une réelle stratégie qui commence avant tout par l’unité et la coordination des travailleurs des différents secteurs et services de l’hôpital, soignants et techniques, pour frapper fort et répondre d’urgence à la dégradation des soins !
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