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Jeunesse

Solidarité de classe

Bordeaux. Appel aux dons pour financer les distributions de nourriture organisées par les étudiants

Des actions de solidarités contre la précarité étudiante se poursuivent partout en France, à Bordeaux le comité de lutte contre la précarité et Onzième Thèse, lancent un appel aux dons pour maintenir leur distribution indépendante.

vendredi 16 avril

Depuis plus d’un mois, une distribution solidaire indépendante se tient sur le campus de l’Université Bordeaux Victoire. Les possibilités d’approvisionnements ne sont pas grandes lorsque l’on ne veut pas servir de caution et que le projet dérange. Pour continuer à fonctionner, le comité de lutte contre la précarité lance un appel aux dons.

C’est suite à une première journée de mobilisation réussie contre la précarité, le 9 mars dernier,, que se sont organisés des distributions alimentaires pérennes sur le campus de la Victoire. Partant du manque de points de solidarité de ce type en centre ville, le collectif Onzième Thèse et les comités de lutte contre la précarité ont donc pris l’initiative d’organiser une épicerie solidaire pour une distribution alimentaire hebdomadaire. Après plus d’un mois de fonctionnement, beaucoup d’obstacles ont été levés, au niveau administratif l’autorisation est pérenne malgré des accrochages initiaux de la part de la direction de la fac, côté approvisionnement, c’est une livraison importante de fruits et légumes qui permet de constituer le gros des paniers, avec quelques dons plus ponctuels.

Lors d’initiatives de solidarité de ce type, la question des “partenariats” se pose toujours, pour nous, le premier refus de la Banque Alimentaire de travailler avec nous a été révélateur d’une solidarité "sélective", mais aussi du visage des institutions, refusant de travailler avec les étudiants auto-organisés. La solidarité peut être sélective, et selon certains, elle doit surtout être encadrée par les mêmes institutions qui ne prennent pas en charge la précarité que nous combattons. C’est un mécanisme dans lequel nous refusons d’entrer. D’autre part, certaines propositions de dons ne nous semblaient pas les plus acceptables, à l’image du Diaconat de Bordeaux :

Une solidarité nécessaire et des liens à construire

Si le nombre de bénéficiaires ne diminue pas, la période à venir ne sera pas la plus simple, au contraire. Le comité est déterminé pour poursuivre ces initiatives, mais se pose aujourd’hui la question de pouvoir compléter les paniers de fruits et légumes avec plus de produits secs, pour donner des paniers complets et fournis aux étudiants dans le besoin, ce qui nécessite des moyens supplémentaires. Une cagnotte en ligne est donc lancée pour ces raisons.

C’est aussi une volonté de ne pas dépendre d’institutions qui demandent des contreparties ou qui cherche à contrôler la manière dont s’organisent les étudiants. La solidarité que l’on porte, n’est pas une fin en soi et c’est toujours en perspective de la suite que nous menons ces actions. On peut ici parler de la nécessité de développer une solidarité de classe, si l’on cherche à nous faire payer la crise, c’est bien collectivement qu’il faudra être en capacité de répondre.

Si des associations et collectifs existent depuis de nombreuses années, nous pensons qu’il faut poursuivre l’effort de solidarité immédiate avec eux, mais ne jamais tomber dans une routine qui peut s’épuiser. Nous refusons de jouer le rôle palliatif qu’attribue de fait l’Etat et ses institutions à ces milieux caritatifs. Il nous faut toujours convaincre plus de s’investir pour ne laisser personne de côté, mais surtout pour que l’on n’ai plus jamais à se poser ces questions.

En ce sens, nous appelons également le monde du travail et ses syndicats à s’impliquer dans des initiatives de ce type. A l’image des distribution qui ont pu avoir lieu dans les Bouches-du-Rhones ou au Havres, de la part de sections CGT en lien avec des collectifs étudiants :

Nous nous retrouvons dans les propos du Comité de Lutte : « Cette distribution alimentaire vise à répondre à un besoin, auquel les universités, Crous et gouvernement ne répondent pas. Fruit de la solidarité des travailleurs et travailleuses de la CGT, nous disons clairement que ce n’est pas au rôle des associations étudiantes de distribuer de la nourriture, mais bien au Crous lui-même et aux universités ! En cela, nous disons aussi que c’est seulement pas la lutte organisée que nous pouvons sortir de l’isolement et conquérir des droits pour nous dispenser de l’aide et de la charité  »

A Bordeaux, de nombreux représentants syndicaux étaient présents lors de la journée de mobilisation du 9 mars sur le campus de Bordeaux Montaigne, un moment rarement vu qui a eu son importance. C’est tout un chantier de liens à construire qui se trouve devant nous, qui peuvent commencer par une action de solidarité commune et se poursuivre sur le terrain des luttes plus historiques dans les grèves et autres mobilisations. Apprendre à se connaître, s’organiser collectivement pour se défendre des attaques que l’on subit et de la situation qu’on nous impose, est un préalable important pour les luttes que nous aurons à mener ensemble demain pour mettre un terme à tout cela. Alors que le monde du travail est durement attaqué, c’est un chemin vers une précarité qui n’est pas prête de s’arrêter que l’on nous laisse voir, les licenciements d’aujourd’hui sont notre chômage de demain et c’est bien sur ce terrain qu’il s’agit également d’imposer des mesures nécessaire pour relever la tête.




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