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E3C, école de la confiance et autres coups tordus

Blanquer se fait démonter en direct par Philippe Meirieu

On peut ne pas aimer Philippe Meirieu. En revanche, on ne peut pas ne pas détester Jean-Michel Blanquer. À l’antenne de France Culture, le ministre de l’Education s’est fait méchamment recadrer par Philippe Meirieu, l’un des spécialistes français en sciences de l’éducation.

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Meirieu n’a rien d’un syndicaliste hargneux et remonté. Tout le contraire d’un vilain bloqueur ultra-radical. Conseiller ministériel et à l’origine d’un certain nombre de réformes contestées sous les gouvernements socialistes, il est plutôt à ranger dans le camp des modérés. Et pourtant, il n’a pas mâché ses mots face au ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, à qui France Culture avait offert une tribune dans sa matinale, ce jeudi matin.

Avant d’aborder la question des contre-réformes en cours, Meirieu a commencé par dresser un tableau de la situation. Celui qui avait pourtant été conseiller de Claude Allègre, ministre de Lionel Jospin détesté par les enseignants, a ouvert son propos en disant que « jamais [il n’avait] vu une telle rupture entre la majorité des enseignants ou une très grande partie des enseignants et l’administration de l’Éducation Nationale et son ministre. […] Nous assistons à des phénomènes tout à fait étonnants, originaux qui doivent nous faire réfléchir ». Voilà pour les prolégomènes, tout en euphémisme.

Pour ce qui est des éléments de structure, Meirieu a pointé la « souffrance au travail » ainsi qu’un « un ensemble de brutalisations institutionnelles depuis deux ans » qui se conjuguent à travers des « injonctions permanentes [et] des évaluations systématiques » qui donnent l’impression aux personnels de devoir « exécuter des ordres venus d’en haut ». Sans oublier, bien entendu, la « brutalisation des directeurs d’école », Meirieu citant le « le suicide de Christine Renon [comme] un déclencheur ».

Pour ce qui est du secondaire, le pédagogue n’a pas été plus tendre, avec le ministre : une réforme des lycées professionnels qualifiée de « choquante », puisque dans l’enseignement pro la montée en force de l’apprentissage et la diminution de la part des enseignements généraux visent, selon lui, à « sous-traiter une partie des difficultés scolaires au patronat ».

Pour ce qui est des E3C, qui se déroulent dans les conditions que l’on sait, avec des flics devant les lycées, lorsqu’ils ne font pas office de garde-chiourmes devant les salles d’examen (quand les E3C se tiennent), « là où l’on pouvait imaginer peut-être une scolarité plus sereine, on a, selon Meirieu, un stress et un examen permanents que vivent très mal les élèves, les enseignants et les parents ».

« Un réquisitoire », a pleurniché Blanquer, en guise de réponse. Non, monsieur le ministre : un simple constat. Et c’est Meirieu, membre du sérail, qui le dresse…

Crédit photo : capture d’écran vidéo France Culture


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