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Point de vue

Billet d’Anasse Kazib : « L’intersyndicale joue contre le mouvement, organisons-nous à la base ! »

Avec sa date du 6 avril, dans 10 jours, l’intersyndicale isole les grèves reconductibles tandis que les confédérations se préparent à rencontrer Borne. La situation est grave, il faut s’organiser à la base pour que les grévistes prennent leur mouvement en main.

Anasse Kazib

30 mars

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J’écris ce court billet pour donner mon point de vue sur la stratégie actuelle de l’intersyndicale. Nous devrions toutes et tous dénoncer ce qui est une stratégie perdante, qui s’incarne notamment dans la journée bien trop éloignée du 6 avril prochain : dans presque 10 jours maintenant. L’intersyndicale essaye de casser la dynamique pour se sauver.

Nous avons tous vu les deux temporalités du mouvement. Du 19 janvier au 15 mars on a eu des journées avec beaucoup de monde mais avec une radicalité qui ne s’est pas exprimée, notamment du fait du contrôle par l’intersyndicale. Depuis le 49.3 en revanche nous sommes entrés dans une nouvelle séquence, passant du moment « Berger » au moment « pré-révolutionnaire ». Malgré la distance qu’a pris l’intersyndicale, par son silence médiatique ou encore sa condamnation des violences des manifestants, le 23 mars a été le pic de la mobilisation.

Si la journée du 28 mars a été plus faible, elle reste dans des niveaux de mobilisation très importants, surtout avec 5 jours d’écart. La diminution s’explique pour moi par le rythme en dents de scie. Les dynamiques de grève sont plus faibles à cause de l’isolement des journées. Néanmoins les cortèges restent très importants et nous avons vu l’arrivée massive de la jeunesse depuis une semaine, qui fait prendre un tout autre visage à la contestation. Bien plus qu’une lutte contre une simple réforme des retraites, le mouvement a un caractère toujours plus politique.

Tout cela témoigne du fait que ce n’est pas seulement l’intersyndicale qui met du monde dans la rue. C’est parce qu’il y a du monde en colère, une opposition massive, que l’intersyndicale est encore contrainte d’appeler à des journées. L’unité n’est que de façade entre les syndicats plus combatifs et les syndicats de collaboration de classe. Ils sont unis car aucun n’aurait pu soutenir la réforme comme Berger l’a fait en 2019 avec la réforme Delevoye. Surtout quand des députés RN et LR se disent également contre… Imaginez-vous ce qu’il serait arrivé au syndicat qui aurait osé soutenir la réforme et ne pas appeler à la grève alors que 94% des actifs y sont opposés. Cela aurait été du suicide. Par ailleurs, si Laurent Berger est contraint par la dynamique de rue de suivre, il l’est aussi parce qu’il fait face à un macronisme qui incarne la radicalisation de la bourgeoise et ne souhaite pas lui lâcher la moindre miette.

La deuxième séquence du mouvement que l’on connaît aujourd’hui est le résultat du passage en force mais également d’une forme de maturité du mouvement, qui comprend que les journées isolées ne suffiront pas. La fameuse opération « France à l’arrêt » du 7 mars était déjà une réponse de l’intersyndicale à la colère qui montait du terrain. Mais à aucun moment l’intersyndicale n’a cherché à durcir vraiment le rapport de forces pour faire gagner le mouvement. Elle a cherché à le contrôler pour faire pression sur les institutions, en empêchant tout durcissement.

Les directions syndicales n’ont pas arrêté d’envoyer des signaux d’apaisement alors que le mouvement est explosif. Nous avons eu le droit à plein d’éléments en ce sens : les avertissements du type « attention on ne tiendra plus les troupes » exprimant une défiance de sa propre base, la lettre à Macron, l’interpellation des députés, le refus de l’appel à la grève reconductible, le refus d’élargir les mots d’ordre à la question des salaires, etc… Depuis la deuxième phase du mouvement qui combine entrée de la jeunesse, manifestations sauvages, blocages, actions, grèves reconductibles, l’intersyndicale appelle à une « pause ». De même, la proposition récente de la « médiation » n’est qu’une manière de chercher à sortir de ce mouvement sans perdre des plumes.

Ils savent pertinemment que ce qui se joue aujourd’hui, fait entrer la France dans une crise profonde, une crise du régime dans son ensemble, la possibilité réelle d’une généralisation de la grève et d’entrée dans une séquence révolutionnaire. C’est le mouvement le plus subversif depuis des décennies. Berger et Martinez l’on dit, ils ne font pas de politique (ce sont bien les seuls à le penser). Ils sont là pour parler des gobelets qui manquent à la machine à café et aujourd’hui ce n’est plus le cas du mouvement… alors ils veulent tailler la route.

Mais comment faire ? Comment s’arrêter sans voir son syndicat exploser et se faire déborder par la base. Vous aurez remarqué que Martinez et Berger ne mettent plus leur tête dans l’intersyndicale depuis le 49.3. Avant ils étaient là à tous les communiqués, maintenant ils envoient les remplaçants que personne ne connaît. Ils n’interviennent que très rarement dans les médias, sinon pour envoyer des appels de phare à Macron et dénoncer les manifestants. Quasiment pas une présence sur un piquet depuis deux mois, et surtout pas face aux réquisitions.

Maintenant la méthode de l’intersyndicale est d’éloigner la prochaine date, pour casser définitivement les grèves reconductibles. C’est ce qui est en train de se passer malheureusement dans certains secteurs si nous n’agissons pas. Je vous donne un exemple concret : avec mes collègues nous sommes en grève depuis le 7 mars, soit 23 jours au total. Attendre le 6 avril cela veut dire faire 9 jours de grève reconductible supplémentaire, 9 jours seul avant la prochaine date interprofessionnelle ? C’est criminel quand on connaît le terrain.

Alors moi et les militants nous tiendrons. Mais comment faire tenir des salariés de la base, 9 jours de plus avec des payes à 0€ pour attendre une journée interprofessionnelle sans savoir quand sera la prochaine ? Peut-être le 14 avril ? Comment faire tenir ? Il n’y a pas 36 solutions. La plupart vont reprendre car plus d’argent, d’autre grâce à leur caisse de grève maintiendront un peu les choses. Mais au final cela fera que, pendant dix jours, les grèves vont s’affaiblir et la dynamique va diminuer si nous ne faisons rien.

De plus, le congrès de la CGT qui enlève des centaines de dirigeants syndicaux, de militants de terrain, empêche aussi la possibilité d’intervenir dans cette séquence, de discuter avec la base. Comment tenir un mouvement si les militants sont en train de débattre dans un congrès ?

Voilà comment casser une dynamique à bon prix, d’un côté vous apparaissez toujours dans le coup en appelant à une date de grève, mais de l’autre vous la mettez assez loin pour que la dynamique se casse et que cela apparaisse comme un baroud d’honneur, et que vous puissiez remettre la faute sur la base.

Depuis le 19 janvier nous avons eu 11 journées isolées. Si elles avaient été collées, cela aurait totalement changé le caractère des choses. Même 5 journées de grève consécutives à partir du 7 mars, date à laquelle différents secteurs appelaient à la reconductible, auraient eu plus d’efficacité. Mais l’intersyndicale a dit « nous ne sommes pas pour le blocage de l’économie », car Berger l’a dicté.

Cette stratégie a fragilisé l’auto-organisation à la base. Avec l’attente des appels le soir des manif interprofessionnelles et le refus de la reconductible, ils ont vidé de leur sens les assemblées générales pour voter si on reconduit le mouvement ou non le lendemain. Comment discuter d’un plan de bataille en AG le matin, si vous devez attendre le soir pour connaître la prochaine date ? Voilà pourquoi aujourd’hui personne ne doit taire ce qu’il se passe. L’intersyndicale joue définitivement contre le mouvement et il faut le dénoncer HAUT et FORT, sinon toutes ces journées ces sacrifices financiers n’auront servi à rien. La situation est grave !

Pour en parler et faire face aux tâches du mouvement, il faut s’organiser à la base. C’est ce que nous avons cherché à faire avec le Réseau pour la grève générale et en appelant à construire des Comités d’action pour la grève générale partout, c’est le moment d’avancer dans cette direction.


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