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Barcelone. Nouvelle manifestation pour la libération de Pablo Hasél

Douze jours après l'arrestation du rappeur Pablo Hasél, de nouvelles manifestations ont eu lieu dans toute la Catalogne ce samedi 27 février. À Barcelone, où la protestation était plus importante, une équipe de Révolution Permanente était sur place pour couvrir le déroulement de la soirée.

lundi 1er mars

Il est dix-huit heures quand plusieurs centaines de manifestants, parmi lesquels de nombreux jeunes, mais aussi des familles et des personnes âgées, commencent à marcher depuis le point de rendez-vous pour exiger l’amnistie de tous les prisonniers politiques, contre la monarchie et pour la liberté d’expression. Douze jours après l’arrestation du rappeur Pablo Hasél à l’Université de Lerida, emprisonné pour avoir tweeté contre la couronne, à Barcelone, les manifestations ne faiblissent pas. Effectivement, depuis tout les soirs plusieurs milliers de barcelonais prennent la rue pour protester contre la corruption, un climat liberticide, et un gestion catastrophique de la crise dont les jeunes et les travailleurs sont les premières victimes.

Le rappeur catalan de 32 ans a été condamné à neuf mois de prison ferme, notamment suite à plusieurs de ses tweets qui dénonçaient le roi Juan Carlos 1er, - récemment impliqué dans des scandales -, mais s’était aussi exprimé contre les violences policières notamment à l’encontre les migrants et des manifestants. 

Depuis son arrestation à l’université de Lérida où avait été appelé un rassemblement en son soutien, de nombreuses protestations ont émergé dans toute la Catalogne, mais aussi dans plusieurs villes espagnoles comme Madrid Valence ou Grenade. Depuis plusieurs jours à Barcelone les manifestations ont été le terrain d’une forte répression policière.

Dans la manifestation, des slogans exigent la liberté pour Hasél, mais ils dénoncent aussi la situation sociale de plus en plus catastrophique pour les travailleurs, la jeunesse et les secteurs populaires : « Ils n’arrêtent pas les expulsions, ils augmentent les loyers, ils n’abrogent pas la réforme du travail, ils protègent le monarque corrompu, ils emprisonnent ceux qui se battent » lit-on sur l’une des affiches présentes dans la manifestation. Organisée par une grande partie des mouvements sociaux, la marche a reçu le soutien d’organisations comme l’Union des locataires, la plateforme des personnes affectée par l’hypothèque (PAH), de syndicats comme la CGT, et de la gauche anticapitaliste de Barcelone, comme la CUP, les Anticapitalistas, et la CRT, organisation sœur du CCR dans le NPA qui anime Révolution Permanente. 

« Nous sommes à nouveau dans la rue pour la liberté de Pablo Hasél, et de tous les prisonniers politiques, contre cette monarchie que le gouvernement « progressiste » du PSOE et de Unidas-Podemos approuve, contre la répression du gouvernement central, et du gouvernement de la Generalitat  » déclare Pablo Castilla, un jeune militant du groupe de la CRT. 

Une équipe de militants de Révolution Permanente – NPA était exceptionnellement présente à la manifestation de ce samedi, pour couvrir le déroulement de la soirée. Joachim, militant également dans le collectif étudiant Le Poing Levé à l’Université du Mirail à Toulouse, adresse sa solidarité aux milliers de jeunes qui descendent aujourd’hui dans les rues « pour en finir avec cette monarchie corrompue, avec le capitalisme qui ne propose que la précarité, toutes nos solidarités internationalistes ».

Après le départ, la manifestation s’épaissit, et s’étale dans toute la longueur des grands boulevards de la capitale catalane. Sur une large banderole en tête de manifestation on pouvait lire en catalan : « Jusqu’à ce qu’ils tombent. Rien à perdre. Tout à gagner  ». Ce sont désormais plusieurs milliers de jeunes qui traversent la ville, qui réclament la libération de Pablo Hasél, mais portent diverses revendications démocratiques et dénoncent la situation économique qui se dégrade et impacte particulièrement la jeunesse, avec un taux record de chômage au niveau de l’Union européenne à plus de 40%. 

La condamnation de Pablo Hasél met au centre de l’actualité et des revendications la question de la liberté d’expression dans l’État espagnol, et le rôle moyenâgeux de la monarchie qui reste encore bien ancrée dans le gouvernement de la péninsule, main dans la main avec le gouvernement de coalition PSOE-Podemos. Un gouvernement qui s’est donné l’étiquette de progressiste, en même temps qu’il durcit la vis de sa politique sécuritaire en envoyant les forces de police réprimer durement les récentes manifestations, et maintient une politique d’austérité, qui précarise toujours plus la jeunesse et les secteurs populaires du pays. 

Petra, militante au NPA – RP et au collectif Onzième Thèse à l’Université de Bordeaux Montaigne, revient sur les liens entre ces milliers de jeunes qui expriment leur colère contre le gouvernement et la monarchie, et celles et ceux qui se sont mobilisés pour le retrait total de la Loi Sécurité Globale et celle dite séparatisme, à un moment où le gouvernement Macron serre la vis sur le plan sécuritaire et liberticide. 

Le premier ministre Pédro Sanchez, du PSOE, est sorti du silence et s’est exprimé sur Twitter en dénonçant « inacceptables les actes de vandalisme et de violence qui ont secoué Barcelone » réitérant son soutien aux forces de répression qui, il y a moins d’une semaine, ont tiré une balle en caoutchouc contre une jeune femme qui a perdu son œil. Depuis le début des protestations exigeant la liberté pour Hasél, plus de 150 manifestants ont été arrêtés dans le nord-est de l’État espagnol. 

Anna, militante NPA- RP ainsi qu’au collectif Du Pain et Des Roses à Toulouse, s’est exprimée pour dénoncer la politique sécuritaire du gouvernement espagnol, qui a fait interdire le rendez-vous historique du 8 mars à Madrid, qui fait écho à l’offensive liberticide du gouvernement Macron. 

C’est sur les Ramblas et l’Eixample que la police commence à charger les manifestants. Selon la police catalane, une dizaine de personnes auraient été arrêtées dans la soirée, après plusieurs affrontements en centre-ville. Celle-ci avait dès le début de la manifestation quadrillé la ville pour contrôler les passants, avec de nombreux fourgons des mossos d’Esquadra, ainsi que deux hélicoptères au-dessus de la ville. La majeure partie de la manifestation s’est dispersée dans les petites rues du centre historique, tandis que des affrontements entre la police et des groupes de jeunes ont eu lieu jusque tard dans la nuit après le couvre-feu de 22H. 

 

Cette marche de Barcelone a clôturé une semaine de mobilisations où la rage de la jeunesse s’est fortement exprimée, ainsi que la répression étatique, qui loin de cesser, n’a fait que s’intensifier. « Nous devons transformer la rage de la jeunesse en organisation  » a insisté Pablo Castilla, militant de la CRT, appelant à « mettre en place un grand mouvement de jeunesse et d’étudiants,, avec des assemblées dans chaque quartier, lycée et université, contre la monarchie, pour la liberté d’expression et contre la répression qui est la responsabilité du gouvernement « progressiste » et de la Generalitat  »




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