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Politique

des paroles aux actes

Avignon. Un identitaire attaque un commerçant maghrébin, le procureur parle d’un « déséquilibré »

L'homme qui a attaqué à main armé un commerçant d'origine maghrébine avant de s'en prendre à des policiers et d'être abattu, portait une veste siglée du groupuscule d'extrême-droite Génération Identitaire selon Mediapart. Le résultat de l'offensive islamophobe du gouvernement et de l'extrême-droite.

vendredi 30 octobre

Ces vestes étaient utilisées par Génération Identitaire pendant leurs actions anti-migrants dans les Alpes en 2018 et son toujours en vente sur le site du groupe d’extrême-droite

Une dizaine de jours après l’assassinat de Samuel Paty, ce jeudi 29 octobre a été, à nouveau, marqué du sceau de l’atrocité. A Nice, trois personnes ont perdu la vie, à la basilique Notre Dame, déclenchant une émotion légitime face à ce crime insupportable. Dans la même matinée, à Avignon, un homme armé d’un pistolet de calibre 7,65mm, s’en est pris à un commerçant d’origine maghrébine puis à des policiers avant d’être abattu. Une affaire d’abord instrumentalisé par l’extrême-droite qui a prétendu que l’homme aurait crié « allah akbar ». Une information reprise par certains grands médias, avant que Mediapart révèle que l’homme portait une veste avec le sigle « Defend Europe » du groupuscule Génération Identitaire et a revendiqué appartenir à cette organisation d’extrême-droite pendant qu’il menaçait le commerçant. Une version confirmée par le procureur de la République, Philippe Guelmas, qui a expliqué que l’homme n’a à aucun moment de l’attaque crié « Allah Akbar ».

La tentative de l’extrême-droite pour instrumentaliser l’affaire : fake news et offensive islamophobe

Dès l’annonce de l’attaque au couteau à Avignon, l’instrumentalisation et le mensonge éhonté ont en effet été de mise. Marine Le Pen et le Rassemblement National ont ainsi tweeté : « l’islamisme est une idéologie qui nous fait la guerre. Tous ceux, associations, structures, hommes, femmes, qui soutiennent cette idéologie, qui la diffusent : il faut les mettre hors d’état de nuire » affublé du hashtag #Avignon, assimilant cet acte avec celui perpétré à Nice. Le 30 octobre, alors que l’information concernant l’assaillant d’Avignon est connu depuis hier, ce tweet est toujours en ligne.

Le journal d’extrême droite Valeurs Actuelles n’est pas en reste, puisqu’il a immédiatement publié un article titré : « Un homme s’attaque à des policiers en criant « Allah Akbar » ». Si celui-ci n’apparait plus sur le site de Valeurs Actuelles, l’article concernant l’affaire d’Avignon, extrêmement court, continue à associer les deux événements. « Quelques heures après l’attentat en la basilique Notre-Dame à Nice ce jeudi, un homme a essayé de s’en prendre à des fonctionnaires de police et à des passants vers 11h15 à Avignon. Il les a menacés avec une arme de poing, type pistolet, avant d’être abattu par les “tirs de riposte” des forces de l’ordre » peut-on ainsi lire, la rédaction ayant précisé après coup et en toute fin d’article que l’individu serait issu de la mouvance identitaire.

Un militant identitaire sème la terreur : La piste d’un « acte terroriste » immédiatement écartée par l’institution judiciaire !

Ni une, ni deux, l’attaque d’Avignon est passé au second plan de l’actualité. Très vite aussi, le parquet national anti-terroriste a refusé de se saisir de l’affaire. Le procureur de la République d’Avignon a justifié cette non-prise en charge par l’argumentaire classique entourant les attentats d’extrême droite, explique que « nous avons plus affaire à un déséquilibré, qui semble proche de l’extrême droite et a fait des séjours en psychiatrie. Il n’y a pas de revendication » Un deux poids, deux mesures clair qui semble circonscrire la dénomination d’« acte terroriste » à ceux commis par des individus musulmans ou présumés tels. A l’image de l’attentat perpétrée en octobre 2019 contre la mosquée de Bayonne par un militant d’extrême droite ex-candidat du Rassemblement National, lorsque le parquet anti-terroriste avait également refuser de traiter l’affaire.

Pourtant, les actes islamophobes, déjà important, se multiplient ces derniers jours. Plus encore, on ne compte plus les appels aux meurtres à l’encontre des musulmans ou assimilés comme tels sur les réseaux sociaux, les appels à « la vengeance » qui s’invitent jusque sur les plateaux de CNEWS, et les menaces de morts contre les militants anti-racistes. Ce 27 octobre, Taha Bouhafs a révélé, sur son twitter, le fil d’une discussion Télégram qui réunirait des militants d’extrême-droite dont Damien Rieu, où l’un des participant aurait explicitement parlé de sa volonté de se « faire une mosquée » en précisant « sa sera pas 2/3 morts ».

Autant dire que l’attaque d’Avignon n’a rien d’un fait divers, mais est le résultat du discours décomplexé de l’extrême-droite contre les musulmans et présumés tels, dans le sillage de l’offensive islamophobe du gouvernement qui instrumentalise l’émoi populaire légitime suscité après l’attaque abominable de Conflans-Sainte-Honorine et désormais Nice. Ce passage à l’acte est ainsi corrélé au refus du gouvernement et des grands médias, vecteur d’un climat islamophobe étouffant, de qualifier ces actes pour ce qu’ils sont : des actes terroristes racistes et islamophobes.

L’attaque d’Avignon est donc éclairante sur deux points. D’abord elle dévoile un deux poids deux mesures net, tout autant dans l’approche du gouvernement, de l’institution judiciaire et des grands médias qui refuse de qualifier l’acte de « terroriste » – dénomination apparemment réservée aux actes commis par des musulmans ou présumés tels. Ensuite elle dévoile que le climat islamophobe entretenu par le gouvernement pour justifier sa gestion répressive de la crise sanitaire, économique et sociale, permet à l’extrême-droite de déployer un discours décomplexer et pousse certains à passer des paroles aux actes. Par conséquent, face aux poison du racisme instillé par la macronie et le Rassemblement National pour diviser notre camp social en instrumentalisant les drames sanglants de Conflans-Sainte-Honorine et Nice en pointant un « ennemi intérieur », il est nécessaire de refuser l’union nationale et de dénoncer l’offensive islamophobe.




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