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Casse sociale

Avec la réforme des retraites, un saut dans la casse néolibérale

Le gouvernement entend nous faire travailler jusqu’à 65 ans. À rebours de l’argumentaire économique mobilisé par la macronie pour justifier son attaque, la réforme des retraites a pour objectif de poursuivre la casse néolibérale de l’économie française afin de maintenir les profits et la compétitivité du patronat français sur le dos des travailleurs et des travailleuses.

Nathan Deas

15 décembre 2022

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Photo : AFP/Gonzalo Fuentes

Depuis le premier quinquennat Macron, les justifications employées pour fonder la nécessité (prétendue) d’une réforme des retraites ont changé. Il a d’abord été question de rendre le système « plus juste » en « unifiant » les régimes (dans l’optique d’un nivellement par le bas généralisé). Il s’est ensuite agi de faire des économies pour financer de grands chantiers dans la santé et l’éducation. Désormais, la macronie convoque à nouveau la bonne vieille légitimation financière. Comprendre : il faudrait « sauver » le régime des retraites contre sa propre fin programmée et un déséquilibre structurel à même de fragiliser des fondations pérennes sur le long terme.

 
Pourtant, la nécessité d’une réforme soi-disant démontrée par « toutes les études sérieuses », et notamment par le dernier rapport du Conseil d’orientation des Retraites (COR), semble difficilement résister à l’épreuve des faits. Aussi, en dehors même des conclusions du COR – qui « ne valident pas le bien fondé des discours qui mettent en avant l’idée d’une dynamique non contrôlée des dépenses de retraite »- quelle que soit la réalité actuelle du système, tout l’argumentaire du gouvernement repose en réalité sur un seul et unique principe : le refus de toucher aux profits des entreprises et des grands patrons.

Sur ce terrain, alors que l’inflation continue de ponctionner les salaires réels, le combat pour nos rémunérations et pour la défense de nos retraites constitue un seul et même front. Si les femmes étaient payées autant que les hommes et que les travailleurs de plus de 50 ans étaient salariés, plutôt que licenciés par les entreprises, le déficit du système des retraites avancé par le gouvernement serait très largement résorbé. Plus largement, pendant que Macron chiffre à 12 milliards les pertes annuelles de la caisse des retraites, rappelons à toutes fins utiles, que la somme représente à peine un dixième des profits réalisés par les entreprises du CAC 40 en 2022. Cette semaine, Bernard Arnault devenait l’homme le plus riche du monde avec une fortune estimée à près de 188 milliards. La comparaison saute aux yeux.

En d’autres termes, si le système de santé se dégrade, que les écoles sont mal chauffées pendant que les attaques se succèdent contre l’assurance-chômage et que dans le même temps le gouvernement continue de maintenir sous perfusion les grandes entreprises et le capitalisme française (à hauteur de 157 milliards par an), l’offensive contre les retraites est loin de reposer sur une justification économique, mais bien sur un argumentaire idéologique et politique.

Aussi, le véritable enjeu poursuivi par la macronie est d’accélérer la casse néolibérale de l’économie française. Le premier mandat qui devait accoucher d’un ensemble de contre-réformes, visant à rattraper le retard compétitif et structurel de la bourgeoisie françaises vis-à-vis notamment de l’Allemagne et de ses concurrents internationaux, s’est affronté à un retour de la lutte des classes, notamment sur la question des retraites. Le second, dans un contexte de tendances à la crise économique mondiale, doit relancer la marche en avant. Après le détricotage en règle du code du travail et de l’assurance chômage, voilà donc venu le temps donc de nous faire travailler plus longtemps.

Alors que le gouvernement temporise, craignant l’embrassement dans une situation où se mêlent crise énergétique et hausse des prix, l’heure est plus que jamais à la constitution d’un plan de bataille. Une contre-offensive qui ne pourra se mener par une énième succession de journées de grèves isolées, mais qui implique d’organiser le blocage de l’économie. L’occasion de rappeler une bonne fois pour toutes contre tous ceux qui veulent maintenir les profits de quelques uns sur le dos de l’ensemble des travailleurs et des travailleuses, que l’argent existe et qu’il s’agit de le prendre là où il est amassé : dans les fortunes du grand patronat. 


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Nathan Deas

@rp_deas

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