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Répression des populations indigènes

Argentine. Les femmes Mapuches victimes d’une violente répression d’Etat

Sept femmes Mapuches sont séquestrées depuis la semaine dernière suite à la violente répression ordonnée par le président argentin Alberto Fernandez. Les violences perpétrées sont devenues le quotidien des femmes indigènes de la région de Bariloche.

Adrien Belarc

12 octobre 2022

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Crédits : Alejandra Bartoliche

La semaine dernière, sur une proposition de Patricia Bullrich du parti de droite Propuesta républicana, le gouvernement national et populaire d’Alberto Fernandez a pris la décision d’envoyer l’armée dans la région de Bariloche. Les gaz lacrymogènes et les balles ont plu sur la population Mapuches, hommes, enfants comme femmes enceintes, qui y habitent. Au cours de cette opération, sept femmes Mapuches ont été incarcérées par l’armée argentine.

Depuis plusieurs mois, les médias argentins dénonçaient « l’occupation » de Villa Mascardi, un petit village de la région de Bariloche à l’ouest du pays, par les Mapuches. Ces derniers sont dépeints comme des « étrangers », des « chiliens » ou encore des usurpateurs du droit à la propriété de ces terres. Ces accusations, qui ont pour but la création d’« un ennemi intérieur », servent à justifier l’opération militaire qui a été lancée mais aussi à cacher l’exploitation des terres de Bariloche par plusieurs entreprises parmi lesquelles on compte Benetton qui détient un total de 900 000 hectares.

L’armée argentine est responsable de violences de genre sur les femmes Mapuches

Certaines des femmes incarcérées la semaine dernière se retrouvent actuellement enfermées chez elles avec leurs enfants sans possibilité de sortir, d’autres ont été déplacées vers un lieu inconnu. Celeste, membre de la communauté de Lof Lafken Winkul Mapu à Villa Mascardi, est revenue dans une interview pour notre média frère La Izquierda Diario, sur les évènements de mardi dernier.

« J’étais avec mon bébé et mon autre fille. Ils nous ont jeté au sol, nous ont visé avec leurs armes et ils ont donné des coups de pied à mon bébé. Ils nous ont laissés comme ça et sont allés dans la maison de Machi [référente religieuse] et ont jeté du gaz lacrymogène […] Ils ont malmené notre Machi, ils l’ont jétée contre le sol avec son bébé et son autre fils ».

Les violences perpétrées contre les femmes et les enfants Mapuches sont signées d’Anibal Fernandez, ministre de la Sécurité de la Nation qui a créé un commandement pour l’occasion. Le commandement comptait 250 soldats équipés de drones, de gaz, de balles en caoutchouc et en plomb et des brouilleurs de signaux.
Sans aucune autorisation judiciaire et au détriment du respect d’un ensemble de droits humains élémentaires, la répression des femmes Mapuches a été d’une extrême violence. Celeste raconte : « Ils ne nous ont pas dit ce qu’ils allaient faire de nous, ni où ils allaient nous emmener. Nous étions détenues dans le secret. Ils ne nous pas laissé parler à des avocats. Ils nous ont filmés 24h sur 24. Ils ont noté nos moindres faits et gestes et nous ont même filmés en train d’aller aux toilettes. Ils nous y suivaient avec des mitraillettes. Ils ont vérifié dans la couche de mon fils pour voir si je n’y cachais pas des choses. »

Cette situation a entraîné l’organisation de plusieurs rassemblements dans différentes villes du pays pour dénoncer le rôle de l’État et du gouvernement. Suite à cette répression, Elizabeth Gomez, ministre des femmes, du genre et des diversités, a présenté sa démission dans une lettre à Alberto Fernandez dont le contenu dénonce les « faits publiquement connus qui se sont déroulés à Villa Mascardi » comme l’arrestation des enfants et des femmes Mapuches par les forces fédérales qui sont « des violations évidentes des droits humains »

Les violences contre les femmes Mapuches servent à défendre les intérêts des capitalistes de la région !

La population Mapuche fait partie des indigènes qui ont été asservis par la colonisation européenne lors des siècles derniers. Ils font partie du peuple originaire de la région partagée entre l’Argentine et le Chili. Plusieurs siècles en arrière, ils habitaient des deux côtés des montagnes de la frontière. Ils ont ensuite été déplacés et soumis à un génocide ethnique des deux côtés de la frontière.

De nos jours, les populations Mapuche vivant à Bariloche occupent 7 hectares, une zone bien ridicule en comparaison avec la taille des propriétés privées de Benetton, Burco ou encore d’autres groupes capitalistes qui réalisent d’énormes profits dans la région. Les objectifs affichés par le gouvernement de Fernandez deviennent donc assez limpides. La répression étatique ainsi que toute la campagne médiatique sont un camouflet servant à cacher la protection par l’armée et la police argentine de la propriété privée des entreprises.

Et ce alors même que l’Argentine reconnaît dans sa Constitution la présence antérieure des populations indigènes à celle des colons et enseigne dans ses écoles ce qu’a été l’horreur de l’extermination des populations locales et leur exposition dans des zoos humains. Toutefois, le meurtre de Santiago Maldonado, de Rafael Nahuel ou encore la répression des mobilisations des Pilaga, des Wichi et des Nivaclé par les gouvernements argentins écartent tout doute sur le sort réel des indigènes en Argentine encore aujourd’hui.

Militaires, hors des terres Mapuches ! Libérez les femmes emprisonnées !

Diana Lenton, anthropologue et membre du Réseau de Chercheurs sur le Génocide et la Politique Autochtone explique l’incarcération des femmes autochtones par le rôle central qu’elles jouent dans la lutte contre l’Etat argentin pour la défense de leurs territoires : « C’est ce qui s’est passé pendant le génocide, lorsque les femmes et les enfants étaient principalement fait prisonniers. Cette expérience est très présente. Les personnes les plus impliquées dans la défense des territoires, non seulement sur le plan géographique mais aussi pour tous les êtres vivants qui s’y trouvent, sont les femmes. Cela est lié au fait qu’elles sont les protagonistes de la diffusion du savoir et de la religion, qui n’est pas séparé du territoire. C’est pourquoi les attaques contre les territoires les touchent particulièrement. »

A l’occasion de l’inauguration d’un hôpital, les communautés Mapuches de Saint Martin des Andes se sont rassemblées pour revendiquer la libération des femmes et des enfants emprisonnés à Villa Mascardi ainsi que la démilitarisation de la terre. De même, à la fin de son interview, Celeste des Lof Laken Winkul Mapu revendique « la libération de toutes les femmes » et ajoute « à tout notre peuple qui relève la tête. Qu’il voit tout ce que nous avons vécu, la répression et le harcèlement. C’est un appel conscient au peuple à manifester. Nous allons continuer et nous allons rester sur ce territoire car nous sommes Mapuche ! ».

La mainmise sur la zone par le gouvernement et l’armée argentine a pour conséquence la répression systématique des populations Mapuches qui luttent pour pouvoir habiter sur les terres qui les ont vu naître pendant plusieurs générations. Les violences à l’encontre des femmes Mapuches sont une démonstration de volonté politique de l’État Argentin de réduire au silence les revendications de toutes les populations autochtones, quoi qu’en dise sa constitution. De l’autre bout de l’Atlantique, nous crions : Solidarité internationale avec le peuple Mapuche et tous les peuples autochtones en lutte pour leurs terres !


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