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International

On strike again !

Après les hommages, les débrayages s’enchaînent au Royaume-Uni

Les obsèques nationales de la Reine n'auront finalement pas mis fin au mouvement de grève historique du Royaume-Uni. Si le nouveau gouvernement veut attaquer le droit de grève, de nombreux secteurs du monde du travail ont retrouvé le chemin de la lutte pour les salaires.

mercredi 28 septembre

Crédit photo : twitter fredi_acorn

Les travailleurs d’outre-manche semblent vouloir reprendre là où ils se sont arrêtés avant la mort de la reine. Après un été marqué par une vague historique de grèves, inédites depuis plus de 40 ans, c’est un vent d’espoir et de révolte qui a soufflé sur le Royaume-Uni durant tout l’été. Même si la mort d’Elisabeth II à mis un coup de frein aux différents mouvements de grèves pendant près de 2 semaines, avec une trahison des directions syndicales appelant à stopper la lutte par “respect pour la famille royale”, de nombreux secteurs ont déjà repris le chemin de la grève et d’autres se préparent à les rejoindre.

Reprise de la lutte

Déjà la semaine dernière, ce sont pas moins de 560 dockers de Peels Port, à Liverpool, qui se sont mis en grève pour au moins deux semaines. Il n’en fallait pas plus pour servir de “rampe de lancement” aux travailleurs et aux travailleuses ayant participé à “l’été du mécontentement” pour reprendre le chemin de la lutte. Une semaine après le début de la grève, les dockers de Peels Port, ont été rejoints par ceux du plus grand port de fret anglais, à Felixstowe. Jusqu’au 5 octobre, ce sont 1900 dockers qui vont mettre à l’arrêt un secteur stratégique de l’économie britannique, ou transitent 48% des conteneurs du pays, accentuant encore plus la pression sur le patronat et le gouvernement. Un exemple de “grève à l’unisson”, qui pendant une semaine va permettre aux travailleurs de construire collectivement un réel rapport de force face au patronat.

Du côté des cheminots du Network Rails, propriétaire privé du réseau ferroviaire britannique, les syndicats annoncent un mouvement de grève massif les 1er, 5 et 8 octobre, avec potentiellement plus de 40 000 travailleurs mobilisés lors de ces différentes journées, ce qui mettrait quasiment à l’arrêt complet l’ensemble du réseau ferroviaire. Dans un tweet, Network rails prévoit pour le 1er octobre une activité de seulement 11% du réseau et invite les voyageurs à anticiper leurs déplacements.

C’est également dans un tweet que le syndicat principal du Royal Mail, service de poste britannique, annonce une mise en branle des postier.e.s pour au moins 19 jours. La BBC rapporte que les dirigeants du groupe s’inquiètent des conséquences d’un tel mouvement de grève sur les finances du Royal Mail. Une réaction symptomatique de la peur qui règne dans le camp du patronat britannique depuis cet été, et qui démontre une nouvelle fois la force de la classe travailleuse dans la lutte pour l’augmentation des salaires : quand elle met à l’arrêt des secteurs entiers et stratégiques de l’économie, elle installe un rapport de force direct avec le patronat et le gouvernement.

En plus des différents secteurs cités ci-dessus, des débrayages vont également avoir lieu dans les transports de bus londoniens, ou plus de 2000 chauffeurs sont attendus en grève le 04 octobre, dans l’éducation, à l’hôpital ou encore chez les éboueurs, selon les syndicats.

Get back to work

Le gouvernement, autour de sa nouvelle première ministre, Lis Truss, prépare déjà la riposte. Si cette dernière qualifiait déjà dans son livre « Britannia Unchained » les travailleurs britanniques comme étant “parmi les pires feignants du monde”, témoignant d’un mépris pour celles et ceux d’en bas qui font tourner l’économie du pays, c’est par une première offensive sur le terrain législatif que le gouvernement va chercher à "mater" les grèves. Vendredi dernier, Kwasi Kwarteng, chancelier de l’Echiquier, en charge des finances et du trésor royal, annonçait devant le Parlement vouloir limiter le droit de grève. Une véritable offensive à laquelle les travailleurs vont devoir répondre en plus des grèves qu’ils mènent actuellement pour les salaires.

Cette mesure, si elle n’est pas une surprise en ce qui concerne le caractère antisocial du nouveau gouvernement, intervient comme une véritable déclaration de guerre contre les syndicats et les travailleurs. En plus d’avancer des mesures néolibérales, avec l’annulation de l’augmentation de l’impôt sur les sociétés et une nouvelle réduction d’impôt pour les riches, s’ajoutant à d’autres mesures pro-patronales, comme la fin du taux maximum de l’impôt de sur revenu, c’est une guerre de classe assumée que souhaite mener la successeuse de Boris Johnson.

Or, c’est un pari qui pourrait s’avérer risqué pour le gouvernement à l’heure même où des milliers de travailleurs, depuis cet été, font preuve d’une incroyable détermination pour aller chercher des augmentations de salaires. Surtout dans un contexte d’inflation galopante, qui continue de rogner sur les salaires. Selon l’institut de statistique britannique l’augmentation généralisée des prix tourne autour des 10%, niveau le plus haut depuis 40 ans. De la même manière, le prix de l’énergie, notamment pour les tarifs réglementés, va augmenter de 80% à partir d’octobre, faisant plonger les deux tiers des ménages dans la précarité énergétique d’ici à 2023, d’après York University. Autant dire que le contexte économique ne va pas atténuer la colère des travailleurs britanniques dans les prochains mois.

Le retour de la lutte des classes au Royaume-Uni et de l’entrée dans la bataille de différents secteurs du mouvement ouvrier est une première victoire pour l’ensemble de notre classe. Les perspectives d’une grève générale sont toujours bel et bien ouvertes, mais cela nécessiterait le dépassement le corporatisme des directions syndicales d’une part et l’élargissement de la grève à l’ensemble des secteurs de l’économie britannique d’autre part, autour d’une stratégie commune. De la même manière, c’est par la lutte coordonnée que les travailleurs britanniques doivent affronter les attaques anti-ouvrières et anti-syndicales du nouveau gouvernement conservateur qui est plus que jamais décidé à faire payer la crise actuelle aux travailleurs britanniques. La clé réside pour les travailleurs dans le développement de l’organisation à la base des différents secteurs en grèves. Des cadres démocratiques où les grévistes pourraient organiser et coordonner le mouvement de grève afin d’imposer un plan de mobilisation unitaire qui pourrait aller vers la grève générale.

La reprise du mouvement de grève et ses avancés ouvre les chemins des possibles, et pourrait inspirer le classe ouvrière du monde entier, en particulier en Europe où les travailleurs sont frappés de plein fouet par les crises et les guerres capitalistes.

Solidarité avec les travailleurs en lutte !



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