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Monde

Référendum grec

Après la victoire du « non », Tsipras revient à la conciliation avec la Troïka

Au lendemain de la victoire du « non », il n’a pas fallu plus de 24 heures à Alexis Tsipras pour démontrer sa volonté de conciliation avec les créanciers. Le premier acte a été le « Varoufexit », à savoir la « démission » du ministre de l’Economie grec, poussé vers la sortie. Dans un second temps, alors que la balle était dans son camp, la Chancelière allemande s’est débrouillée pour que ce soit Athènes qui ait à présenter de nouvelles propositions à Bruxelles, ce que Tsipras a accepté. Mais le Premier ministre grec n’en est pas à son coup d’essai. Il avait déjà fait montre de sa nature conciliatrice en constituant un gouvernement d’union avec la droite des Grecs Indépendants (Anel), moins de douze heures après sa victoire, le 25 janvier.

mardi 7 juillet 2015

Tsipras fait preuve à nouveau de sa disposition au compromis avec les créanciers

Au lendemain du rejet par les Grecs du plan proposé par la Troïka, Tsipras a accepté la proposition de Berlin consistant à présenter de nouvelles propositions en vue d’une réunion devant se tenir mardi 7 juillet, à Bruxelles. Merkel, qui a subi un dur revers avec la défaite du « oui », est restée néanmoins droit dans ses bottes, alléguant qu’il fallait qu’Athènes choisisse si, oui ou non, le pays souhaitait rester dans la zone euro.

La Chancelière allemande a, en ce sens, laissé son porte-parole Steffen Seibert indiquer en quelques mots comment elle voyait la situation après le référendum. Le gouvernement allemand « a pris acte du ‘non’ clair et respecte ce résultat, le gouvernement fédéral reste prêt au dialogue (...) mais compte tenu de la décision d’hier des citoyens grecs, les conditions pour des négociations sur un nouveau programme d’aide ne sont pas réunies ». Berlin ne souhaiterait donc pas pousser Athènes hors de la zone euro, mais considère que c’est à Tsipras de bouger pour que la Grèce reste membre du bloc monétaire. Le pays « est membre de la zone euro, il appartient à la Grèce et à son gouvernement de faire en sorte que cela demeure ainsi », a déclaré Seibert, au cours de la conférence de presse du 6 juillet, ajoutant toutefois que « la porte était toujours ouverte » pour des discussions. Le gouvernement allemand a par ailleurs fait savoir qu’il étudierait avec attention ce que le « Premier ministre grec amènera » au sommet de la zone euro à Bruxelles, mardi.

Tsipras a donc fini par accepter les termes de cette nouvelle exigence berlinoise, sur laquelle Merkel est revenue, en fin d’après-midi, lors de sa conférence de presse à l’Elysée. Tant Hollande que Merkel attendent « des propositions précises et crédibles » de la part d’Athènes.

Un appel du pied en direction de Hollande et des partisans du « oui »

Alors que l’Allemagne joue gros, Hollande tente d’éviter, par tous les moyens, un « Grexit ». C’est en ce sens qu’il a demandé que son homologue grec fasse un geste en direction de l’ensemble de l’échiquier politique hellénique, à savoir en direction des partisans du « oui », qui ont pourtant été lourdement sanctionnés, dimanche.

L’ensemble des formations politiques, à l’exception des néo-nazis d’Aube Dorée et des communistes du KKE ont donc signé une déclaration commune où ces partis s’engagent à maintenir la Grèce dans la zone euro. Cette unité nationale autour d’un Premier ministre est une grande première, en Grèce, ces dernières années. Alexis Tsipras s’est même engagé à tenir informés les partis politiques non seulement à la suite des négociations de mardi, à Bruxelles, mais pendant toute la durée des discussions.

Tsipras entend tenir sur plusieurs points, notamment le caractère « socialement juste » des réformes, censées impliquer « l’impact récessif le moins important possible », ainsi qu’une rediscussion « substantielle » autour du montant de la dette grecque, de façon à ce que cette dernière soit viable. Alors que Tsipras déclarait, dimanche soir, qu’il n’y avait « ni vainqueurs, ni vaincus », le Premier ministre grec s’apprête à nouveau à trahir, ce faisant, tous ceux qui se sont prononcé de façon claire contre l’austérité.

Alors que Tsipras cède, la BCE serre encore davantage la vis sur les banques grecques

Tsipras a beau céder à l’ensemble des exigences des créanciers pour renouer avec les négociations, les banquiers de la zone euro ont durci les conditions pour continuer à subvenir aux besoins en liquidités du système bancaire hellénique. Les quatre principaux établissements bancaires grecs se retrouvent ainsi sous pression.

En d’autres termes, la décision prise par la BCE consiste à serrer un peu plus la corde autour de la Grèce sans pour autant étrangler complètement son économie, en attendant les décisions politiques qui doivent être discutées par les responsables de la zone euro. Il s’agit, cependant, d’un coup de semonce en direction de Tsipras pour lui rappeler que sa propre survie ainsi que la survie de l’économie grecque dépendent des réponses que donnera Athènes aux diktats impérialistes.

Il n’y aura pas de défaite de la Troïka sans dépassement de la politique de conciliation du gouvernement Syriza-Anel

Depuis le début de la crise, les travailleurs et la jeunesse grecs ont fait preuve d’un important niveau de conflictualité, avec 32 grèves générales depuis 2010, et un pic, dans les mobilisations et les affrontements, au cours de l’année 2012. Cette combativité a été affaiblie non seulement par la bureaucratie du PASOK mais également par celle du KKE et de sa tendance syndicale, PAME, qui ont systématiquement refusé de construire le front unique ouvrier pour affronter le patronat. Dans un sens, la profonde colère sociale a été un accélérateur de la crise du régime politique grec. Cependant, les luttes, à elles seules, n’ont pas suffi pour tordre le bras à l’Etat et à infliger une défaite à l’impérialisme et à ses relais locaux.

C’est dans ce contexte que la poussée de Syriza a généré et a canalisé politiquement, sur le terrain parlementaire, les espoirs exprimés le mouvement de masse. Après cinq mois et demi de gouvernement de « gauche radicale » cependant, la stratégie néo-réformiste incarnée par Syriza se trouve dans une impasse. Tsipras a reculé dans ses « négociations avec les créanciers, et ce n’est pas le résultat du référendum qui va convaincre les anti-démocrates bruxellois d’accéder aux exigences d’Athènes. Le résultat du référendum, cependant, indique qu’il existe une majorité claire du monde du travail et des classes populaires qui s’oppose aux politiques austéritaires. C’est la conscience de cette force qui est le principal acquis que les travailleurs doivent capitaliser après le référendum du 5 juillet.

C’est en ce sens que le référendum place le monde du travail à un carrefour : soit le « non » se transforme en un « oui » modéré dans les mains de Tsipras qui redonnerait l’initiative à la Troïka, soit le « non », dans les urnes, se transforme en un « non » lutte de classes afin de combattre pour le pouvoir des travailleurs et pour faire payer à l’impérialisme et au patronat grec la facture de la crise.




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