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Education nationale

Après cinq ans de casse du statut d’enseignant, Ndiaye court après les contractuels pour la rentrée

La rentrée scolaire approche et les profs manquent à l’appel. Après cinq ans de contre-réformes pour hacher menu l’éducation nationale, Pap Ndiaye est venu mardi dernier rendre visite à la cellule de recrutement du rectorat de Créteil, chargée de presser une ligne de précaires au front.

mardi 23 août

Crédits photo : Bertrand GUAY/AFP

Le ministre de l’éducation Pap Ndiaye s’est rendu ce mardi 23 août, à quelques jours de la rentrée scolaire, au rectorat de Créteil pour rendre visite à une cellule de recrutement. Comme chaque année, ces cellules ont pour mission de mettre un nom devant chaque classe.

Seulement cette année, c’est 4000 postes qui ont été laissé vacants après les concours. Dans le premier degré, le taux de postes pourvus a chuté à 83,1% contre 94,7% en 2021. De façon similaire, côté collèges et lycées, nous sommes à 83,4% contre 94,1% l’année dernière.

Loin d’être isolée, la situation française est à l’image d’une situation internationale particulièrement critique pour le monde de l’éducation (aux États-Unis des militaires remplacent déjà les profs pour dresser la jeunesse). Si désormais à chaque rentrée, les gouvernements prétendent gérer une « pénurie » (qui n’est que la conséquence logique des attaques qu’ils mènent à l’année), c’est en réalité un moyen pour précariser le métier d’enseignants, en faisant appel à une armée de contractuels.

En France, après avoir organisé un recrutement sur concours fictif, ubuesque par rapport aux besoins des établissements scolaires, l’exécutif est dans les conditions idéales pour y catapulter des précaires, sous-payés, jetables à souhait par la hiérarchie, réprimés à la moindre contestation, dépendant du régime général des retraites, soumis au droit privé, etc. Bref, y réaliser un peu plus son rêve néolibéral.

Cette volée d’embauches, soi-disant conjoncturelle, pour-répondre-à-la-pénurie, s’inscrit en fait de plein droit dans la ligne d’une politique de casse du statut qui a tous les attributs du structurel. D’ailleurs, signe manifeste que l’exécutif ne répond pas à une pénurie et n’a cure que les élèves se retrouvent sans profs, le non renouvellement des personnels dont l’ancienneté devraient leur valoir d’être CDIsé ou titularisé est désormais devenu un rituel.

De manière générale, le recours à la contractualisation n’a rien d’une solution de secours pour le gouvernement, c’est l’arme de la précarisation. Quand dans le 93, les établissements atteignent 100% de contractuels chez les surveillants, 22,9% pour l’ensemble du personnel, c’est un choix, celui du personnel corvéable à merci. Et la surreprésentation des petites mains de l’éducation nationale parmi les contractuels est à l’image de cette politique inique.

Cette offensive contre les travailleurs de l’Éducation Nationale s’est notamment incarnée dans la réforme du concours qui a fait des INSPE (Instituts Nationaux Supérieurs du Professorat et de l’Éducation) des machines à produire des contractuels depuis l’année scolaire dernière. En se servant massivement des futurs profs sur le terrain au détriment de l’entraînement au concours, on s’assure de leur engagement dans le métier par la petite porte. Les résultats du CAPES en baisse c’est aussi un choix politique.

Enfin, par-delà la casse du statut et la baisses des salaires réels, avec ses réformes successives qui généralise la sélection et la compétition entre les élèves, rogne sur la liberté pédagogique des enseignants, et réprime quasi-systématiquement toute contestation, la macronie a aussi porté ses coups sur les métier d’enseignant et son sens, des coups décisifs pour comprendre la crise actuelle.

Ainsi, autant ne pas compter sur Pap Ndiaye et ses copains pour résoudre-le-problème, ils n’en ont cure, et pire, ils en sont la cause. Les bureaucraties syndicales du reste s’en tiennent à une dénonciation ronronnante de la dégradation des conditions de travail et de rémunération des professeurs en passant totalement au-dessus de l’impératif de se mobiliser dès la rentrée pour qu’il y ait effectivement des professeurs devant chaque classe.

Contre le pourrissement annoncé de la situation, il faut d’urgence augmenter les salaires et les budgets des équipes, exiger l’embauche de tous les contractuels et la CDI-sation de tous les emplois précaires, AED et AESH en premier lieu, la stabilisation des équipes et de leur liberté pédagogique. Il faut être clair, il n’y a pas de pénurie, les profs ne manquent absolument pas, en revanche le gouvernement est à l’offensive cette rentrée et, sans rapport de force pour le faire reculer, la catastrophe est inévitable.



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