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Politique

Deux poids, deux mesures

Attaques contre des migrants à la frontière : la peine de trois identitaires allégée

En août 2019, trois militants de Génération Identitaire avaient été condamnés à 6 mois de prison ferme après avoir organisé une opération visant à empêcher des migrants de traverser la frontière. Ce 21 octobre, la cour d’appel a requis à leur encontre une peine de 6 mois avec sursis, allégeant ainsi la première peine. De plus, leur condamnation porte uniquement sur le fait que leur activité ait visé à se substituer à celles des forces de répression.

jeudi 22 octobre

 Crédits photo : ROMAIN LAFABREGUE / AFP 

Au printemps 2018, dans le cadre de leur campagne « Defend Europe », l’organisation xénophobe et raciste Génération Identitaire (GI) mène des opérations paramilitaires contre les migrants dans les Alpes, à proximité de la frontière italienne.

Une centaine de jeunes militants de l’organisation d’extrême-droite s’était donc réuni au Col de l’Echelle, point de passage frontalier fréquemment emprunté par les personnes migrantes pour rejoindre la France. Leur action, au coût estimé à 30 000 euros, avec notamment la mise en place de deux hélicoptères dans le but de contrôler la frontière, consistait entre autres à empêcher les migrants d’entrer en France. Le groupe s’était ensuite félicité de « la remise de quatre « clandestins » à la police et de l’arrestation de sept migrants « repérés et signalés » par leurs soins ».

Aucune poursuite n’est engagée contre eux avant fin janvier 2019, alors qu’au même moment de lourdes condamnations sont requises contre des militants par délit de solidarité avec les personnes migrantes.

C’est ensuite en août 2019 que trois responsables de Génération identitaire sont condamnés à 6 mois de prison ferme, 2000 euros d’amende et à la privation de leurs droits civiques, civils et de famille pendant 5 ans pour avoir exercé « une activité dans des conditions de nature à créer dans l’esprit du public une confusion avec l’exercice d’une fonction publique ». L’organisation d’extrême droite avait été condamné quant à elle à 75 000 euros d’amende.

Suite à cette condamnation, les trois militants de Génération Identitaire, Clément Gandelin, le président, Romain Espino, son porte-parole et Damien Lefèvre, un ancien dirigeant décident de faire appel. Ce mercredi 21 octobre, la cour d’appel de Grenoble a requis à leur encontre six mois de prison avec sursis, 1 500 euros d’amende et trois ans de privation de droits civiques, civils et de famille, allégeant ainsi la peine infligée en première instance. L’arrêt de la Cour d’appel a été mis en délibéré au 15 décembre 2020.

Un motif et un allégement de peine révélateurs des politiques réactionnaires et racistes de l’Etat

Il est important de souligner le motif de condamnation des trois militants d’extrême-droite, à savoir « l’exercice d’une activité dans des conditions de nature à créer dans l’esprit du public une confusion avec l’exercice d’une fonction publique ». En d’autres termes, ils ne sont pas condamnés pour avoir mis en danger autrui au nom de leur idéologie réactionnaire et raciste. Ils sont condamnés car ils ont agi en tant qu’organisation paramilitaire pour effectuer une mission qui relève de la « fonction publique », c’est-à-dire de la police et de l’armée.

L’Etat français réprime déjà aux frontières et ce motif de condamnation vient appuyer l’idée selon laquelle lui seul peut contrôler et réguler les flux migratoires. Les politiques aux frontières, toujours plus répressives sont donc encadrées et appuyées par l’Etat avec des lois réactionnaires et xénophobes à l’encontre des personnes migrantes en témoignent, notamment la loi asile et immigration portée par Gérard Collomb en 2018, la mise en place de « quotas » sur l’immigration basée sur des besoins de main d’œuvre, ou encore la « cellule franco-britannique de renseignement » contre les passeurs, que lançait Darmanin en juillet 2020.

L’allégement de la peine infligée aux responsables de Génération Identitaire se place donc dans la droite lignée des politiques xénophobes de l’Etat, qui vise davantage à condamner les personnes qui viennent en aide aux migrants par « délit de solidarité », plutôt que celles qui les répriment et les discriminent. Cette démonstration du « deux poids, deux mesures » de la justice vient aussi s’ajouter à un contexte de politique d’offensive islamophobe et sécuritaire menée par l’État dans la période actuelle.

Les gouvernements des pays impérialistes comme la France sont en partie responsables des situations que vivent les personnes migrantes dans leurs pays d’origine, qu’elles sont forcées de quitter, pour être ensuite réprimées et chassées par leurs bourreaux. C’est pourquoi, dans ce contexte de pandémie mondiale où la fermeture des frontières, la criminalisation de l’immigration et sa répression ne cessent de s’intensifier, il est primordial que les classes populaires se solidarisent contre les politiques racistes.




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