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Troupes française hors d'Afrique !

Aide militaire au Mozambique : quand Paris cherche à sécuriser les intérêts de Total en Afrique

Les morts récentes au Mali ont remis au centre du débat une question souvent passée sous silence : quelles sont les raisons de l’intervention militaire de la France en Afrique ? Comme au Mali, le cas du Mozambique révèle les intérêts des multinationales françaises derrière les interventions militaires.

mercredi 20 janvier

Crédit photo : ADRIEN BARBIER/AFP

Les morts récentes de soldats français au Mali ainsi que la vingtaine de civils assassinée lors d’un bombardement (possiblement de l’armée française) ont remis au centre du débat une question souvent passée sous silence : quelles sont les raisons de l’intervention militaire de la France au Sahel et en Afrique ? Avec plus de 5000 soldats déployés dans l’opération Barkhane et après huit ans d’intervention militaire au Sahel qui n’ont contribué qu’à aggraver la déstabilisation de la zone, l’intervention française au Mali risque de devenir un « Afghanistan bis ». Selon un sondage Ifop, 51% des Français désapprouvent les opérations militaires au Mali.

Contrairement à l’objectif officiel qui justifie le « caractère permanent » de l’intervention française au Sahel sous le prétexte flou de lutte contre le terrorisme, ce caractère « permanent » vient du fait qu’elle vise des intérêts économiques et géopolitiques à long terme pour l’impérialisme français. Le Nord-Mali, principal théâtre de l’opération Barkhane, constitue en effet une zone stratégique où Total est présent pour le pétrole. C’est également le cas pour AREVA qui extrait de l’uranium en quantité dans l’ouest du Niger.

Alors qu’il y a près d’un mois Paris faisait semblant d’aller vers un désengagement militaire progressif au Sahel pour contourner la méfiance croissante vis-à-vis du déploiement militaire au Mali, la France pourrait s’engager prochainement au Mozambique pour protéger les intérêts de Total. Et cela, encore une fois, sous prétexte de lutte contre le terrorisme.

Quels sont les intérêts de Total et de l’impérialisme français au Mozambique

Comme on l’expliquait dans un article précèdent, « au-delà des supposées inquiétudes sur la « stabilité de l’Afrique de l’Est », le PDG de Total est avant tout inquiet pour les investissements milliardaires de la multinationale dans le pays. En effet, Total a décroché un contrat pour la réalisation d’un énorme projet pour l’exploitation du gaz liquéfié au nord du pays dans la province de Cabo Delgado. On estime que les investissements s’élèvent à 20 milliards de dollars ; un projet financé par « des prêts directs et des prêts garantis octroyés par 8 agences de crédit à l’exportation, par 19 banques commerciales et par la Banque africaine de développement », selon l’entreprise. Il s’agit de l’un des projets les plus importants d’investissements privés dans le secteur de l’énergie dans le continent. »

Tel que le relève The African Report, les réserves de gaz naturel trouvées dans la province de Cabo Delgado, pourraient placer le Mozambique parmi les premiers producteurs mondiaux : « Avec des réserves estimées à 65 TCF (milliards de pieds cubes), le site devrait produire 13,1 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié (GNL) chaque année pendant au moins vingt-cinq ans grâce à l’exploitation de deux champs offshore et à la construction de deux trains de liquéfaction terrestre. » Alors que Total contrôle déjà un tiers de l’extraction du pétrole en Afrique et que le groupe s’apprête à exploiter cette énorme réserve gazière, la position au nord du Mozambique permettrait aussi au géant français d’accéder facilement au marché asiatique du GNL qui s’élargi au fur et à mesure que la Chine et l’Inde arrêtent la combustion de charbon.

Au même moment où des groupes comme Total, ExxonMobil Corp ou Eni se lancent dans ce projet milliardaire dans la région, la profondeur de la crise économique pousse les puissances impérialistes à aggraver la concurrence pour avoir la main sur les ressources stratégiques (tel que le GNL) et sur les parts d’un marché international de plus en plus restreint. C’est pourquoi le Mozambique est en train de devenir une nouvelle arène où différentes puissances globales se livrent une concurrence acharnée. Les puissances occidentales veulent à tout prix éviter que le gaz mozambicain tombe sous le contrôle d’entreprises chinoises, russes, voire indiennes. En même temps, les Européens tentent de s’assurer le contrôle de l’extraction du gaz afin de fournir l’UE, pour qu’elle devienne moins dépendante de la Russie, et pour ouvrir de nouveaux marchés.

Après le Mali, Total demande de la couverture militaire au Mozambique

« Je pense que les puissances occidentales se rendent compte qu’une enclave pilotée par Daesh est en train de s’installer au Mozambique. C’est un problème de stabilité de l’Afrique de l’Est (…) il est clair que ce serait bien que la situation soit sous contrôle », a déclaré Patrick Pouyanné, PDG de Total, fin septembre lors d’une conférence de presse où il évoquait la situation au Mozambique. Il a également dit qu’il pouvait « aider en attirant l’attention des nations européennes sur la question. La France a un intérêt direct dans la région car elle possède Mayotte, une île située entre le Mozambique et Madagascar », selon l’agence Bloomberg.

Loin de toute inquiétude pour la population locale qui doit subir la réaction islamiste ainsi que la pauvreté et la destruction environnementale liée au pillage des pays impérialistes, la crainte du PDG de Total consiste à ce que la rébellion islamiste du nord du pays atteigne la zone où se situent ses intérêts. Cette crainte est devenue un risque réel le 1er janvier quand les insurgés d’al-Shabab ont attaqué le village de Quitunda à 5 kilomètres du projet gazier. Ces menaces ont poussé le groupe français à évacuer les travailleurs (environ 3 000 personnes) et à réduire ses activités au strict minimum. Ces pressions ainsi que le fait que l’insurrection risque de s’étendre et que le gouvernement local n’est pas en mesure de freiner les groupes islamistes dans l’immédiat, pourraient retarder la mise en place du projet et la production d’au moins un an.

Les menaces et le risque de ralentissement qui pèsent dans ce projet d’investissements privés d’envergure continentale, ont poussé Paris à prendre position et à envisager le fait d’apporter de l’aide militaire au Mozambique pour assurer les intérêts de Total dans la région. Si les Etats-Unis avaient déjà proposé, début décembre, d’apporter de l’aide au Mozambique et de mettre en place une forme de coopération internationale, le gouvernement français a réagi publiquement ce 12 janvier.

Tel qu’on pouvait le lire sur Zone Militaire , devant les députés « la Ministre des Armées, Florence Parly, a évoqué la situation de Cabo Delgado, laquelle fait l’objet d’échanges avec son homologue portugais, João Cravinho, le Mozambique étant une ancienne possession du Portugal. »
« Ce qui se passe au nord est très inquiétant », avec « la montée en puissance d’un mouvement terroriste qui se réclame de Daesh », poursuivait la Ministre, « nous sommes en train de voir comment nous pouvons appuyer, par de l’entraînement et de la formation, les forces armées » du Mozambique. « Nous souhaitons pouvoir le faire avec nos partenaires européens », a ensuite précisé Mme Parly. En outre, a-t-elle rappelé, « nous disposons de forces qui sont positionnées dans le sud de l’océan Indien, à la Réunion et à Mayotte pour pouvoir y contribuer le cas échéant. »

Tournant autoritaire et raciste en France et offensive impérialiste : deux faces d’une même pièce

Le tournant autoritaire et raciste entamé au plan national par le gouvernement est mis au service du renforcement de l’offensive sur le plan international. Que cela soit dans le cas de l’intervention au Sahel, en Méditerranée orientale ou au Mozambique, la stratégie du gouvernement pour obtenir l’adhésion à sa politique impérialiste est d’exacerber le sentiment nationaliste, l’islamophobie au sein des masses et instaurer un climat de « guerre de civilisations », dont la lutte contre le terrorisme serait le point maximal.

Contre le pillage impérialiste du Sahel, du Mozambique et de l’Afrique, les ingérences et la déstabilisation des États de la région, qui seront des terrains de jeu à la concurrence redoublée entre les puissances capitalistes en ces temps de crise et de guerre économique plus aiguë, nous devons revendiquer le retrait total de toutes les troupes françaises au Mali, au Mozambique et sur tout le continent africain !




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