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Les femmes mobilisées

Afghanistan. Interdiction aux femmes de travailler dans les ONG : les talibans poursuivent leur offensive

Depuis 18 mois le régime des talibans cherche à s’imposer par la force face à une population qui le rejette. Les femmes sont les premières cibles de la politique théocratique réactionnaire, et les premières à s’y opposer.

Cécile Manchette

26 décembre 2022

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Crédits photo : AP Photo/Ahmad Halabisaz

18 mois après la prise du pouvoir des talibans, la situation économique, sociale et humanitaire est toujours plus dégradée et l’offensive contre les droits démocratiques de la population se poursuit. Les femmes font partie des premières cibles de cette théocratie réactionnaire qui multiplie les attaques contre leurs maigres acquis.

La dernière décision politique en date du 24 décembre interdit aux femmes de travailler dans les ONG nationales et internationales au prétexte que le port du voile n’y est pas respecté. Ceci a eu pour conséquence la suspension des opérations de plusieurs ONG, au nom notamment de la sécurité des employées étant donné que les femmes représentent plus d’un tiers de leurs effectifs.

Cette mesure s’ajoute à un ensemble d’attaques contre les droits des femmes afghanes depuis plus d’un an, ainsi qu’au retour aux méthodes de flagellations publiques et aux exécutions. Les talibans ont d’abord recréé un ministère pour « la promotion de la vertu et la prévention du vice » chargé de faire respecter la charia. Les agents du ministère ont notamment pour rôle de veiller à la séparation des hommes et les femmes dans l’espace public, et de contrôler les faits et gestes des femmes en prétextant assurer leur sécurité. En effet, désormais les hommes et les femmes ne peuvent plus se croiser dans les espaces publics. La politique des talibans est de remettre sous tutelle les femmes limitant ainsi leur capacité à s’instruire, travailler ou voyager. Elles n’ont ainsi plus accès à l’école secondaire depuis mars, ni à l’université depuis le 22 décembre, ne peuvent pas voyager sans un homme ou encore sont obligées de porter la burqa.

Face à ces offensives, les femmes sont le secteur qui résiste le plus au pouvoir des talibans depuis leur arrivée et organise tant bien que mal des manifestations malgré les risques élevés liés à la répression.

Une résistance encouragée par le mouvement qui secoue l’Iran depuis plusieurs mois et dont l’étincelle a été une exaction commise par la police des mœurs iranienne à l’encontre d’une jeune femme, Mahsa Amini, et qui a conduit à la mort de cette dernière. Des afghanes ont d’ailleurs manifesté devant l’ambassade d’Iran à Kaboul avec des banderoles où il était écrit « de Kaboul à l’Iran, dites non à la dictature ! » en octobre dernier avant d’être réprimées. Les talibans savent ainsi pertinemment qu’ils ne sont pas à l’abri de telles explosions sociales.

Comme en Iran, l’émancipation des femmes afghanes n’est possible que par leur lutte propre, et leur alliance avec les travailleurs et les secteurs opprimés de la société, sans illusion donc sur l’appui ou l’aide des Etats impérialistes pour lutter contre les talibans. Ces derniers, avec les USA au premier rang, ont en effet historiquement justifié leur invasion de l’Afghanistan en instrumentalisant la cause des femmes afghanes.

Lors de l’occupation du territoire les violences faites aux femmes ont continué, en même temps que la guerre civile plongeait le pays dans la violence et la pauvreté, créant une ambiance de chaos sur laquelle les talibans se sont appuyés pour reprendre le pouvoir

Suite à la prise du pouvoir par les talibans, les puissances impérialistes ont mis en place des sanctions contre le régime : les fonds de la banque centrale américaine accordés à l’Afghanistan ont été gelés, et toute aide humanitaire est désormais refusée. Après vingt ans d’une occupation américaine qui a participé à plonger l’Afghanistan dans la misère, les conséquences des sanctions contre le pays touchent maintenant les classes populaires afghanes.

Tandis que la population est ainsi prise en étau entre un régime théocratique réactionnaire et le chantage cynique des politiques impérialistes, la seule issue progressiste viendra du soulèvement de la jeunesse, des femmes et des travailleurs, comme le montre l’exemple de la révolte iranienne en cours.


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