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Action anti-guerre sur Channel One : la journaliste Marina Ovsyannikova réprimée, solidarité !

La scène s’est déroulée en direct ce lundi 14 mars sur Pervy Kanal, la principale chaîne de télévision russe. Marina Ovsyannikova, ex-journaliste de la chaîne, a fait irruption sur le plateau avec une pancarte dénonçant la guerre et la propagande russe. La répression a été immédiate à son encontre : détention, amende et menace de prison.

mardi 15 mars

« Arrêtez la guerre. Ne croyez pas la propagande. Ici, on vous ment » peut-on lire sur la pancarte. La scène s’est déroulée à l’heure du JT le plus regardé de Russie et a duré quelques secondes, durant lesquelles Marina Ovsyannikova a brandit sa pancarte en criant « Arrêtez la guerre ! Non à la guerre ! ». L’image fut rapidement remplacée par celle d’hôpitaux pendant que la présentatrice, inébranlable, continuait son discours.

Une heure après, une vidéo préalablement enregistrée par Marina Ovsyannikova est diffusée sur le net par OVD-Info. Elle déclare : « Ces dernières années, j’ai travaillé pour Pervy Kanal (ex Channel One). J’ai honte d’avoir permis que la propagande du Kremlin soit diffusée à la télévision, honte d’avoir permis que le peuple russe soit zombifié. » Elle ajoute « Nous n’avons rien dit en 2014 quand cela a commencé. Nous n’avons pas protesté quand le Kremlin a empoisonné Navalny. Il est en notre pouvoir d’arrêter cette folie. Allez manifester et n’ayez peur de rien. Ils ne peuvent pas tous nous emprisonner. »

Répression immédiate, dans la lignée des récents durcissements

Suite à son action, Marina Ovsyannikova a été directement arrêtée, détenue et interrogée par les autorités russes, sans pouvoir bénéficier des conseils de son avocat pendant sa garde à vue. Jusqu’au lendemain, ils ont déclaré être restés sans nouvelles d’elle. Elle a finalement été condamné à 30.000 roubles d’amende pour « manifestation illégale » lors de son procès qui a eu lieu dans la journée du mardi. Le parquet moscovite l’a reconnue coupable d’une « infraction administrative », et non pénale : si c’était le cas, elle risquait 15 ans de prison ferme.

Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine, le Kremlin a renforcé la répression et la censure des médias indépendants ainsi que des principaux réseaux sociaux. Le 4 mars, l’accès à Facebook a été bloqué, et celui à Twitter est largement restreint.

Début du mois, les députés russes ont voté une loi qui prévoit 15 ans de prison et de lourdes amendes pour la diffusion d’« informations mensongères » sur l’armée : c’est la peine qu’encourait Marina Ovsyannikova, selon ses avocats et l’agence de presse TASS.

A savoir que l’usage même du mot « guerre » pour décrire l’invasion de la Russie est prohibé par le régime. La version officielle délivrée par les médias est celle d’une « opération militaire spéciale » visant à « dénazifier » l’Ukraine et empêcher un « génocide ». Ainsi, la liste de médias interdits ne fait que s’allonger un peu plus chaque jour

Les députés ont également voté une peine de 5 ans d’emprisonnement pour discrédit des forces armées russes, pour l’appel à des sanctions ou la contestation de l’invasion russe en Ukraine. Pourtant, les mobilisations n’ont pas manqué et les russes ont à plusieurs reprises pris les rues. Mais la réponse du gouvernement a à chaque fois été sans équivoque : répression et arrestations massives.

Soutien inconditionnel à Marina Ovsyannikova ! Non à cette guerre réactionnaire et au régime autoritaire de Poutine !

Nous ne pouvons pas accepter cette guerre dans le silence. Nous reconnaissons le courage de Marina Ovsyannikova et lui apportons toute notre solidarité, à elle, ainsi qu’à toutes les victimes de la répression et de la censure du régime autoritaire de Poutine, que nous condamnons fermement.

Il ne faut pas oublier que dans le même temps, les pays impérialistes mènent leur propre guerre de l’information, à leur manière. Ainsi la proposition d’Emmanuel Macron d’accorder une "protection" à la journaliste est une pure hypocrisie, alors que dans un même temps, le gouvernement français cherche à faire taire des organisations contestataires à coups de dissolutions ou s’est aussi illustré par l’interdiction des chaînes Sputnik et Russia Today dans l’Union Européenne.

La presse française diffuse de son côté une version du conflit qui n’est jamais ’neutre’. Le portrait de Zelensky dressé en héros, l’instrumentalisation de la question migratoire, les russes diabolisés pour assimiler le régime de Poutine et sa population… Tant de récits rabâchés pour susciter l’émoi et faire accepter les sanctions économiques à l’encontre de la Russie, qui promettent la misère au peuple russe et aux classes populaires du monde entier.

Enfin, rappelons que l’ignoble agression de Poutine à l’encontre du peuple ukrainien ne doit pas nous faire perdre de vue que l’OTAN a joué un rôle majeur dans celle-ci, par sa politique d’encerclement de la Russie et de militarisation de l’Europe de l’est. Aucune issue progressiste n’est envisageable de leur part, ni du côté de Poutine et son régime réactionnaire, ni de celui de l’impérialisme de l’OTAN. Seule une politique indépendante en faisant appel à la mobilisation internationale des populations contre la guerre permettra une véritable issue pour le peuple ukrainien.



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