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#BalanceTonYoutubeur

Accusé de viols, Norman « profitait de la vulnérabilité de jeunes abonnées pour obtenir des rapports »

Ce lundi, le célèbre youtubeur Norman Thavaud a été placé en garde à vue dans le cadre d’une enquête préliminaire ouverte pour viol et corruption de mineurs, pour des faits dénoncés dès 2018. Une affaire qui révèle encore une fois la dimension systémique des violences sexistes et sexuelles.

Rozenn Kevel

6 décembre 2022

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Le célèbre humoriste Norman Thavaud, aujourd’hui troisième youtubeur français avec près de 12 millions d’abonnés sur sa chaîne "Norman fait des vidéos", a été placé en garde à vue ce lundi 5 décembre. La garde à vue pouvant durer jusqu’à mercredi matin maximum, le youtubeur est actuellement entendu par la Brigade de protection des mineurs qui a ouvert une enquête préliminaire.

D’après Libération, cela fait suite à six plaintes portées par six jeunes femmes : cinq d’entre elles accuseraient le youtubeur de viol et deux d’entre elles étaient mineurs au moment des faits.
Les premières accusations concernant Norman Thavaud sont apparues en 2018 avec mouvement #MeToo. Le célèbre youtubeur Squeezie avait dénoncé sur son compte Twitter le comportement de certains vidéastes profitant de leur influence, sous le hashtag #BalanceTonYoutubeur : « Les YouTubers (y compris ceux qui crient sur tous les toits qu’ils sont féministes) qui profitent de la vulnérabilité psychologique de jeunes abonnées pour obtenir des rapports sexuels ». Certains témoignages avaient alors visé Norman, l’un des YouTubers les plus influents, touchant en moyenne 400 000 euros par an sur la rente de sa chaîne.

En 2020, Maggie Desmarais, une québécoise âgée de 16 ans au moment des faits, avait révélé sur son Instagram que Norman l’avait manipulée pour obtenir des photos et vidéos à caractère sexuel, envoyées par Snapchat, et avait exercé une emprise psychologique sur elle en 2018. À ce moment, le youtubeur avait alors 31 ans. Après avoir déposé plainte à l’été 2020, elle avait témoigné à visage découvert sur le site Urbania, racontant un « petit jeu malsain d’attachement affectif. J’étais jeune, je l’admirais, je suis tombée facilement dans le panneau », raconte-t-elle. Grâce à son témoignage, elle avait été, selon elle, contactée par une trentaine de jeunes femmes ayant vécu une expérience similaire avec ce youtubeur. Le youtubeur, quand à lui, n’a jamais réagi publiquement aux accusations. Ses avocats ne se sont pas exprimés depuis sa garde à vue.

Le cas de Norman Thavaud n’est malheureusement pas isolé. En juin dernier, huit femmes avaient témoigné de violences sexistes et sexuelles de la part du youtubeur Léo Grasset, plus connu sous le nom de sa chaîne « DirtyBiology ». Des plaintes pour harcèlement sexuel et pour viol on était déposéesplus récemment à l’encontre de ce même youtubeur. Une enquête préliminaire a également été ouverte pour viol. Plus largement, on assiste à un nombre croissant de dénonciations de vidéastes, notamment au travers du #BalanceTonYoutubeur, mais aussi à l’initiative de créatrices de contenus, comme la streameuse Ultia, dénonçant le cyber harcèlement à caractère sexuel qu’elles subissent sur les plateformes et ce de la part de créateurs ou amateurs de contenus.

YouTube assure ne pas rester les bras croisés. Sollicité par Mediapart, un porte-parole confirme que le réseau social n’exclut pas de « prendre des mesures » si « le comportement d’un créateur, sur YouTube ou en dehors, nuit à [leurs] utilisateurs, à [leur] communauté, à [leurs] employés ou à [leur] écosystème ». La plateforme envisagerait donc de réduire la visibilité du contenu des chaînes de vidéastes mis en cause ou encore de suspendre leur monétisation. Toujours selon le journal, « la plateforme souligne son embarras à se prononcer ou prendre des sanctions lorsqu’il ne s’agit que de témoignages relayés dans la presse et sur les réseaux sociaux, et en l’absence d’écho judiciaire. Entre protection des utilisateurs et liberté d’expression, YouTube explique sa difficulté à trancher. »

Si Youtube tente se saisir du phénomène pour se donner une image progressiste, l’entreprise ne peut que s’en remettre à la justice pour condamner à son tour les rares individus qui seront reconnus coupables. Or, nous savons que ces violences ne sont pas isolées et que nous ne pourrons pas en finir grâce à des condamnations au cas par cas, en épinglant des figures individuelles présentées comme des anomalies. Comme l’ont déjà montré plusieurs affaires mises en lumière par #MeToo, de Weinstein à Patrick Poivre d’Arvor, les violences sexistes et sexuelles commises à ce niveau d’influence ne peuvent qu’advenir dans le cadre d’une omerta fondée sur la domination économique et symbolique. L’influence dont jouissent les créateurs de contenus par leur célébrité et leurs revenus leur donne un certain rapport de force dans les relations qu’ils nouent avec leur communauté, souvent très jeune, et impose un régime d’omerta.

Pour en finir avec cette domination particulière qui s’exprime via les réseaux sociaux, il y aurait tout un travail à faire pour mettre en place une prévention à large échelle sur les violences, dont le harcèlement et le cyberharcèlement. Bien loin des intérêts économiques et marketing des plateformes de diffusion de contenus, celle-ci devrait être portée sur les sites en ligne et au sein des écoles et décidée par les travailleurs et travailleuses en indépendance de l’État et des directions d’entreprise.

Plus largement, à partir des bilans du mouvement de dénonciation #MeToo et ses multiples déclinaisons comme #BalanceTonYoutubeur en France, il est important de metre à jour la responsabilité de l’État et de ses institutions dans la reproduction des violences dans toutes les sphères de la société. Ce n’est qu’en cherchant à construire un rapport de force beaucoup plus large, en lien avec toutes celles et ceux qui luttent contre le système capitaliste patriarcal, que nous pourrons avancer vers une société débarrassée de ces violences.


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