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A quelques jours du référendum, la position d’une organisation d’extrême gauche grecque

Alors que le gouvernement Tsipras avait conçu le référendum comme un moyen de pression pour négocier avec l’Eurogroupe et ne pas devoir accepter en l’état une proposition qui revenait à une humiliation complète, il semble avoir été pris à son propre jeu. Sous les directives d’Angela Merkel les ministres de finances de la zone Euro ont interrompu toute négociation jusqu’aux résultats du référendum, et ce alors même que Tsipras avait donné des gages sur une possible annulation du scrutin prévu pour ce dimanche. Dans le contexte d’un référendum finalement maintenu, nous reproduisons ci-dessous la position de l’OKDE-Spartakos, organisation de l’extrême-gauche grecque faisant partie du front ANTARSYA.

jeudi 2 juillet 2015

NON ! Aucun accord ! Arrêt des négociations !


Déclaration du comité central de l’OKDE - Spartakos du 28/06/15. Organisation des communistes internationalistes de Grèce

Le gouvernement grec, malgré ses efforts persistants, n’a pas réussi à gagner la confiance des institutions (UE, FMI) ni les faveurs des bourgeoisies hégémoniques en Europe. Les serments de loyauté dans le remboursement de la dette "en temps et en heure" et le renoncement à toute action unilatérale, et a toute mesure qui pourrait aller à l’encontre de la normalité capitaliste, n’ont pas suffi. Syriza a adopté toujours plus de mesures et de réformes dans la stricte continuité des mémorandums (privatisations, hausse de l’âge de la retraite, réductions de fait des salaires et des pensions, hausse de la TVA sur des produits de consommation...). Mais l’UE et le FMI, avec leurs partenaires subalternes en Grèce, ne veulent pas seulement des mesures brutales : ils veulent aussi détruire tout espoir (et toute illusion) reflété par l’élection d’un gouvernement élu sur le mot d’ordre d’en finir avec les mémorandums, même si ce mot d’ordre a été retiré dès le lendemain de l’élection.

Donc, la direction de Syriza était dans une impasse. Incapable de signer sa propre mise à mort politique, c’est à dire un accord si honteux qu’il mènerait le parti au même sort que le PASOK social-démocrate de George Papandreou, et sous la pression des revendications du mouvement ouvrier, le gouvernement a lancé un référendum. Nous n’avons pas d’illusion sur l’intention ou la capacité deSyrizade s’affronter aux intérêts du capital et des institutions capitalistes. Quoi qu’il en soit, le vote NON aux propositions de la Troïka pourrait ouvrir, sous certaines conditions, une nouvelle phase de crise politique de ce système qui nous exploite et nous opprime.

Ces prochains jours, les partis traditionnels du capital, ND et Pasok, ainsi que l’ultra-libéral Potami, qui refusent en bloc toute taxation des profits et des hauts revenus et veulent encore baisser les salaires, vont répéter en boucle le refrain du supposé désastre qu’amènerait un rejet de la proposition des institutions. Ils n’hésiteront pas à faire du chantage, en brandissant le supposé désastre d’une sortie de la zone euro. Mais la classe ouvrière à déjà fait l’expérience du désastre réel : l’austérité et les agressions capitalistes. La classe ouvrière ne peut pas et ne doit pas avoir peur, car elle n’a rien de substantiel à perdre par le contrôle des capitaux ou par une crise générale de la zone euro. Au contraire, quand le système capitaliste qui nous exploite tremble, nous nous préparons pour la bataille. Ce qui nous permettra une rupture avec l’UE et le FMI, c’est la confiance et la volonté de combat, pas le désespoir et la peur.

Cette rupture ne peut être accomplie juste en votant. Les élections ne pouvaient pas être la solution magique pour se débarrasser de l’austérité, et le référendum non plus. Ces prochains jours nous serons dans la rue, pour s’affronter aux rassemblements réactionnaires et pro-capitalistes comme "Nous restons en Europe", mais aussi pour s’assurer qu’il y ait une rupture réelle, et que le référendum ne soit pas qu’une manœuvre de Tsipras et de la direction de Syriza dans le cadre des négociations.

De plus, n’ayons aucune illusion : sans les mobilisations massives, pas seulement les récentes mais surtout celles des années précédentes, il n’y aurait pas de blocage avec les institutions et les mémorandums s’appliqueraient normalement.

Notre NON aux propositions de la Troïka n’est en aucune manière un vote de confiance au gouvernement Syriza - Anel. De plus, leurs propres propositions, le texte de 47 pages et les amendements rajoutés après coup, sont aussi totalement inacceptables et représentent un nouveau mémorandum, peut-être un peu plus modéré, mais comportant de nouvelles coupes budgétaires et nouvelles privatisations. En réalité, sur certaines questions, les propositions du gouvernement sont encore plus réactionnaires que celles des institutions : la défense des programmes d’armement, le maintien des exonérations fiscales pour les armateurs.

Nous dirons NON aussi à ces propositions, avec nos luttes.

Dimanche 5 juillet, nous votons NON :

NON : pour creuser le fossé, et pour ne pas commencer un nouveau tour de négociations.

NON : dans les rues et pas seulement dans les urnes

NON : contre cet accord, et contre tous les accords

NON : globalement à la zone euro, à l’UE et au FMI, et pas seulement à leurs propositions

NON : à la Troïka, mais aussi à tout autre administrateur du même système




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