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Notre classe

Blanquer démission

A quelque jours de la réouverture des écoles, toujours pas de protocoles sanitaires à la hauteur

A quelques jours de la réouverture des écoles maternelles et primaire, c’est toujours l’impréparation totale qui domine du côté du gouvernement. Si les conditions de la reprise sont encore floues, le ton est donné : aucun moyens supplémentaires accordés, un protocole revu à la baisse et une réouverture non conditionnée à des indicateurs sanitaires.

mercredi 21 avril

Crédits photo : THOMAS SAMSON / AFP

« C’est essentiel qu’on reprenne les cours en présence pour les maternelles et les primaires le 26 avril, et pour les collèges et les lycées la semaine d’après. Je n’ai pas conditionné la réouverture des écoles […] à des indicateurs sanitaires. Parce que ces trois semaines d’absence physique de cours sont déjà un effort important. ». C’est le discours tenu par Emmanuel Macron le 6 avril dernier, premier jour de la fermeture des écoles et de la mise en place du distanciel. Dans la continuité de ces déclarations, Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, a assuré dans « Les Echos » que les élèves du premier degré « retrouveront leur classe le 26 avril ». Des propos qui donnent le ton et témoigne une nouvelle fois du mépris du gouvernement envers la santé des travailleurs de l’Education nationale, des élèves et de leurs familles. Quelles seront les conditions de la réouverture des écoles, à l’heure où la France a passé la barre des 100 000 décès et où le plateau de contaminations reste très élevé, avec plus de 30.000 cas par jour ? A moins d’une semaine de la reprise, et après trois semaines de fermeture, rien ne semble prêt. Il ne reste que quelques jours au gouvernement pour… tout improviser !

Si le personnel, les élèves et leurs familles sont dans le flou total , quelques indices témoignent du fait que les mesures à venir seront insuffisantes. Concernant le protocole sanitaire, rien ne suggère une révision à la hausse, que ce soit au niveau des mesures ou des moyens mis en place. En ce sens, le futur protocole annule l’une des mesures prises à partir du 27 mars, qui avait institué la fermeture des classes au bout d’un cas d’élèves positif au Covid-19 ce qui avait engendré une fermeture de classes en cascade, sur fond de la propagation du variant anglais et d’une nouvelle dégradation de la situation sanitaire . A la rentrée, un élève positif ne sera plus suffisant. Il faudra, comme en septembre, attendre à nouveau trois cas positifs pour fermer une classe, ce qui laisse le terrain à une propagation du virus plus forte.

Si l’on ne sait pas grand-chose sur les modalités de la reprise, ce que l’on sait, c’est qu’aucun des moyens supplémentaires nécessaires pour essayer d’endiguer la propagation du virus ne sera mis en place. Or, seule une hausse des moyens alloués à l’Education Nationale permettrait de mettre en place un protocole et des mesures à la hauteur, comme l’embauche de personnels et la réquisition de locaux pour pouvoir réduire les effectifs, la mise en place de capteurs de CO2, la distribution de masques FFP2 (gratuits !) pour les enseignants et les élèves, ou encore un vrai plan de vaccination pour le personnel.

Ce qui s’impose une nouvelle fois, c’est la politique pro-patronale du gouvernement, qui orchestre une rentrée « en mode quoi qu’il en coûte », selon les termes du Parisien, et qui refuse encore une fois d’investir massivement dans le secteur de l’éducation, mais aussi dans les autres secteurs en première ligne de la gestion de la crise, comme la santé. Quand à côté de cela, des moyens considérables sont versés aux forces de répression - Macron ayant confirmé vouloir tenir son objectif d’embauche de 10 000 policiers et gendarmes d’ici la fin de son quinquennat - et au grand patronat . Au-delà des dits « plans de relance », qui ont offert des milliards d’euros aux plus grandes entreprises françaises depuis le début de la crise, la réouverture des écoles « en mode quoi qu’il en coûte » vise tout simplement à « libérer » les travailleurs de la garde de leurs enfants, et ce dans le but de maintenir à tout prix l’économie, c’est-à-dire les profits et les bénéfices des grands patrons et des actionnaires (en avril, la France a vu apparaitre 4 nouveaux milliardaires selon le classement de Forbes…).

Cette politique et cette énième impréparation risque ainsi d’aggraver fortement la situation sanitaire. Selon plusieurs épidémiologistes, comme Dominique Costagliola, le risque est que l’épidémie reparte à la hausse si des mesures ne sont pas prises pour « limiter les risques dans les écoles ». La reprise sans mesures et sans moyens à la hauteur risque alors d’aggraver les cas de contamination chez les jeunes mais aussi plus généralement sur l’ensemble de la population, les écoles constituant un foyer important de contaminations.

Face à cette situation, pour masquer son impréparation et sa politique criminelle, le gouvernement axe sa communication sur la vaccination. Mais si ce dernier a déclaré qu’enseignants et personnels de l’éducation feraient partie des prioritaires, ce n’est dans la réalité pas le cas. Tout d’abord, la vaccination prioritaire concernera les enseignants volontaires âgés de plus de 55 ans, comme c’est le cas pour le reste de la population. Ce alors qu’une grande majorité des enseignants et personnels de l’éducation sont âgés de moins de 55 ans. De plus, il n’y a pour le moment aucune modalité claire d’accès au vaccin ni de calendrier précis. En somme, le 26 avril seule une minorité d’enseignants sera en réalité vacciné. Comme le mentionne cet article du Café Pédagogique, la seule « avancée » semble être dans la commande annoncée de 52 millions d’autotests, qui permettraient de détecter les personnes malades et de réduire les risques s’ils sont accompagnés d’un protocole strict. Mais comme on l’a vu, aucun protocole à la hauteur ne se profile, et « le plus grand flou semble accompagner la mesure », comme le mentionne et le détaille l’article. Le ministère ne semble d’ailleurs pas savoir comment les utiliser dans les établissements.

Face cette situation, qui est la continuité de toute la gestion du gouvernement depuis le début de la crise, la colère du côté des enseignants, des parents d’élèves et des syndicats de l’éducation monte, comme l’illustre cet article des Echos. Alors que la FSU de Seine-Saint-Denis a dénoncé que la santé des personnels « passe après l’ouverture « quoi qu’il en coûte » des écoles et établissements scolaires », une pétition intersyndicale, avec la FSU, Unsa, CFDT, SNALC, CGT, SUD, la FCPE, dénonce les conditions de la rentrée à venir. Tous réclament « des conditions sanitaires strictes » pour permettre de « maintenir les écoles et établissements scolaires ouverts », avec notamment « des moyens d’assurer les remplacements, la fermeture des classes dès le 1er cas de covid, des capteurs Co2, des masques chirurgicaux et la vaccination des personnels ». Des demandes justes, mais pour lesquelles les directions syndicales ne semblent pas vouloir mobiliser au-délà d’une pétition, alors même que la réouverture des écoles est aujourd’hui un enjeu central dans la gestion de la crise sanitaire.

Face au mépris du gouvernement pour notre santé et à son incapacité de gérer la crise sanitaire, et à des directions syndicales qui se montrent une fois de plus extrêmement frileuses, il est donc primordial de nous mobiliser à l’échelle de nos établissements et de nos syndicats, pour imposer une reprise scolaire qui soit conditionnée à un protocole sanitaire et des moyens à la hauteur. Nous pouvons en cela nous appuyer sur l’exemple de novembre dernier, où des enseignants et lycéens de région parisienne se sont organisés et mis en grève et ont montré, malgré la répression et les difficultés à étendre le mouvement, qu’ils étaient en capacité de construire une alternative et de mettre en place des protocoles un peu plus acceptables dans les lycées, avec notamment les demi-groupes. Alors que les syndicats se réunissent ce jeudi avec le ministère de l’éducation, il est évident que nous n’avons rien à attendre du gouvernement et que ces prétendues négociations n’aboutiront à rien. Pour défendre nos intérêts et ceux de nos élèves, pour construire une alternative qui prenne en compte nos véritables besoins et notre bien-être, personnels et usagers ne pouvons compter que sur nous mêmes et devons prendre nos affaires en main.




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