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Politique

Crise sanitaire

A défaut de stratégie sanitaire, le gouvernement fait voter les mesures de sa "sortie de crise" liberticide

Dans la nuit de mardi à mercredi, le gouvernement a fait voter de nouvelles lois d’exception. Encore une fois, la gestion de la crise rime avec mesures liberticides.

mercredi 12 mai

Source photo : Philippe LOPEZ / AFP

Un déconfinement dans une situation sanitaire qui reste préoccupante

La première étape du déconfinement aura lieu dans une semaine, le mercredi 19 mai. Précisée par le gouvernement ce lundi, elle inclut la réouverture des commerces, bars et restaurants, des lieux de culture et de cérémonie, et de certaines activités sportives, tout cela dans des jauges réduites. Le couvre-feu est quant à lui maintenu, mais décalé à 21 heures. Le gouvernement maintient donc son pari, celui de « vivre avec le virus », et ce malgré les nombreuses inquiétudes qui subsistent face à la situation sanitaire qui reste dangereuse.

Car malgré la baisse - toute relative - des cas de contaminations et du nombre d’entrées en réanimations, les chiffres restent, à l’heure actuelle, bien plus élevés que lors des derniers déconfinements. A titre de comparaison, un graphique du Huffington Post montre que lors de la deuxième vague, les réanimations avaient atteint un pic de 4903 admissions, et qu’au moment du déconfinement le 15 décembre, les chiffres étaient descendus à 2871 admissions. Or, ce mardi, à une semaine du déconfinement, les réanimations accueillaient encore 4743 patients ! Du côté des contaminations, celles-ci restent à un niveau élevé, puisque 19.791 cas ont été détectés ces dernières 24 heures.

Un constat alarmant partagé par le Conseil Scientifique, qui s’est récemment auto-saisi et a sorti un rapport ce 6 mai, stipulant que si le taux d’incidence n’atteint pas les 100 cas pour 100 000 personnes dans les semaines qui viennent, « les mois qui viennent seront très incertains ». Le rapport revient également sur l’avancée de la vaccination, qui reste pour l’instant insuffisante face au niveau de contaminations et la menace des variants. C’est aussi ce qu’avançait Lilia Bouadma, réanimatrice et membre du Conseil Scientifique, sur le plateau de France Info ce mardi, expliquant que pour éviter une quatrième vague cet été, « il faut vacciner 500.000 personnes par jour tous les jours jusqu’au 30 juin », la France ne réussissant à délivrer en moyenne que 300.000 vaccins par jour.

Pour autant, la situation ne semble pas inquiéter Macron, qui cherche à maintenir « quoi qui l’en coûte » son calendrier et ce sans stratégie sanitaire à la hauteur. Tant pis si cela implique que de nombreuses vies soient en danger. Et pour se faire, le gouvernement prévoit de continuer sa gestion à coup de mesures coercitives, à l’image de la loi d’état d’urgence sanitaire votée dans la nuit de mardi à mercredi à l’Assemblée Nationale.

Le gouvernement prépare la sortie de crise en renforçant les pouvoirs régaliens

Le projet de loi intitulé « sortie de l’état d’urgence sanitaire », validé en Conseil des ministres le 28 avril, a été voté dans la nuit de mardi à mercredi à l’Assemblée Nationale, et ce non sans débats au sein de la majorité.

En effet, en fin de journée mardi, le résultat des votes indiquait une opposition, à 108 voix contre contre 103 pour, au pass sanitaire et aux mesures figurant dans le premier article du texte de loi. Pour rappel, l’article stipulait initialement que le gouvernement pouvait, du 2 juin au 31 octobre, fermer par décrets des établissements accueillant du public, imposer des mesures de restrictions si la situation sanitaire se dégrade, et mettre en place un pass sanitaire, conditionnant le déplacement vers d’autres territoires et l’accès aux « grands évènements » à une attestation de vaccination ou à un test négatif.

Ce revirement à l’Assemblée est marqué par l’opposition du MoDem, pourtant le principal allié du gouvernement dans l’hémicycle. Philippe Lacombe dénonçait lors du débat qu’« aujourd’hui, on n’a ni cohérence ni clarté dans le texte, ce qui me pose beaucoup de questions  », et nombreux sont ceux qui s’interrogeaient sur les modalités d’utilisation du dit « pass sanitaire ». LREM, dont les capacités à faire l’unanimité au sein de l’Assemblée se réduise de projet de loi en projet de loi, a donc poussé à ce qu’un deuxième vote ait lieu, après sept heures de débat et quelques amendements.

C’est donc un projet partiellement modifié qui a été voté à 208 voix pour et 85 contre ; incluant désormais que la sortie de l’état d’urgence sanitaire se fera le 30 septembre, et non le 31 octobre comme prévu initialement. Concernant le pass sanitaire, une mesure largement contestée, les modalités restent les mêmes : il sera rendu obligatoire à partir du 30 juin pour les évènements qui rassembleront plus de 1000 personnes. Mais ce pass sanitaire conserve encore de nombreux ambiguïtés, notamment quant à la protection des données. A ce titre, Le Monde revenait récemment sur un avertissement de la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL) sur la création « d’une base centralisée de données » par les autorités.

Mais plus largement, le pass sanitaire représente une mesure coercitive, qui vise à compenser l’échec sanitaire du gouvernement par une gestion liberticide. Et sur les réseaux, celle-ci ne cesse d’indigner, et de nombreux hashtags comme #LePassDeLaHonte émergent à chaque fois qu’elle est débattue. Malgré l’opposition qui s’exprime, le gouvernement choisi de passer en force, et tend à imposer cette mesure qui ouvre la voie à la possibilité d’imposer des restrictions à une partie de la population, et ce sous couvert de la crise sanitaire.

C’est donc bien à travers des mesures coercitives que Macron cherche à imposer son calendrier de réouverture pour relancer coûte que coûte l’économie, tout en reniant la gravité de la situation sanitaire actuelle. A ce titre, il est temps de mettre un terme à cette gestion erratique de la crise sanitaire, basée sur la conservation des profits au mépris de nos vies. Pour cela, la réouverture des lieux doit être mise en place par les travailleurs auto-organisés à la base, en lien avec le personnel soignant et éducatif et le reste de la population, pour que la gestion de la crise covid soit orientée en fonction des besoins de la majorité de la population et non pas des grands patrons !




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