×

15 mai

76 ans de la Nakba : la lutte de la jeunesse pour la Palestine doit être anti-impérialiste

76 ans après la partition de la Palestine par l’ONU et le déplacement forcé de près de 800 000 Palestiniens, la journée de commémoration de la « Nakba » doit être un point d’appui en France et à l’international pour réaffirmer le droit à l’auto-détermination du peuple palestinien.

Facebook Twitter
Audio
76 ans de la Nakba : la lutte de la jeunesse pour la Palestine doit être anti-impérialiste

Cette année, la journée officielle de commémoration de la « Nakba » sera une journée de mobilisation à l’international, dans le cadre du mouvement étudiant contre le génocide et la complicité des puissances impérialistes. Ce 15 mai, les étudiant-es mobilisé-es d’universités de plusieurs pays appellent en effet à se mobiliser en solidarité avec le peuple palestinien. En région parisienne, un rassemblement Place de La Sorbonne s’organise pour 18h avec les comités étudiants, avec l’idée de reprendre le quartier après l’évacuation de la fac la semaine dernière et les 86 gardes-à-vues. À New-York les étudiant-es mobilisé-es de CUNY appellent aussi à se réunir tandis qu’à Rome et Bologne des appels à occuper ont été lancés. Cette journée de mobilisation en soutien au peuple palestinien arrive alors que Tsahal se prépare à envahir Rafah, menaçant d’un saut dans le génocide en cours.

A l’origine de l’Etat d’Israël : la Nakba

Il y a 76 ans, le 14 mai 1948, le Royaume-Unis se retire de Palestine et l’ONU acte de la création d’Israël. Le nettoyage ethnique commence dès le mois de décembre 1947, où près d’un million de Palestinien-nes sont expulsé-es de leurs maisons, de leurs quartiers et de leurs vies, 400 villages sont détruits et des milliers de personnes meurent massacrées par les soldats israéliens. C’est la « Nakba », la « catastrophe ». Dans l’avant-propos de son ouvrage Le nettoyage ethnique de la Palestine récemment ré-édité aux éditions La Fabrique, l’historien Ilan Pappé explique :

« L’opération de nettoyage ethnique de 1948 a permis à Israël de contrôler environ 80 pour cent de la Palestine mais elle a maintenu une minorité palestinienne assez importante au sein de l’Etat juif. La méthode du nettoyage ethnique a été remplacée entre 1948 et 1967 par un régime militaire sévère imposé à la minorité palestinienne en Israël. »

La Nakba a été la consécration d’un processus de fondation de l’Etat d’Israël, entamé dès le début du XXème siècle par des colons européens, soutenu par les puissances occidentales. Mais cette colonisation de la Palestine ne s’est pas terminée en 1948 avec la partition du territoire historique. En 1967, Israël s’est arrogé de nouveaux territoires, puis a renforcé la colonisation de la Cisjordanie après les accords d’Oslo et a imposé un contrôle militaire et administratif de la majorité du territoire palestinien. Aujourd’hui plus de 9 000 Palestinien-nes - dont au moins 200 enfants - sont emprisonné-es dans les geôles israéliennes, dont une grande partie en rétention administrative.

Des arrestations qui se font bien souvent sans aucune inculpation, sans perspective de jugement et sans aucun type de droits. La répression, les assassinats, les destructions de maisons sont le quotidien des Palestinien-nes depuis plus de 75 ans, eux qui sont parqué-es dans des prisons à ciel ouvert et victimes d’un apartheid systématique.

Depuis six mois, une « nouvelle Nakba »

Après le 7 octobre, cette situation s’est brutalement aggravée. Les bombes israéliennes ont fait plus de 30 000 mort-es et des dizaines de milliers de blessé-es. 1, 2 millions de Palestinien-nes ont été déplacé-es, contraint-es de fuir leurs maisons. Un nouvel exode forcé est en cours, pleinement assumé par le gouvernement israélien, qui revendiquait déjà au mois de novembre être « en train de déployer la Nakba à Gaza ».. Après avoir contraint les Gazaoui-es à se réfugier à Rafah, Israël bombarde et se prépare à envahir la ville, forçant à nouveau des centaines de milliers de Palestiniens à fuir. Une offensive qui pourrait porter le bilan déjà apocalyptique de la guerre coloniale à des niveaux plus dramatiques encore.

Face à cette situation extrêmement sombre, le mouvement étudiant parti de la fac de Columbia aux Etats-Unis et qui s’est étendu à de nombreuses universités dans le monde remet la Palestine au centre de l’actualité internationale, notamment avec le slogan « All Eyes on Rafah » (tous les regards sur Rafah) et dénonce avec détermination la complicité des puissances occidentales. Dans ce cadre, et sous l’impulsion de nombreuses Assemblées générales et comités de soutien à la Palestine ou encore de la première coordination étudiante internationale « Globalise the campus resistance », appelle à faire du 15 mai une grande date de mobilisation internationale, pour montrer que la jeunesse, le mouvement ouvrier et les classes populaires n’acceptent pas de se taire face au génocide en cours.

En France, l’enjeu est de répondre aux appels lancés, participer à les organiser et convaincre des sections syndicales que personne ne peut être libre quand un peuple est opprimé brutalement.

En finir avec la situation coloniale en Palestine

La journée annuelle du 15 mai rappelle que l’oppression du peuple palestinien n’a pas commencé le 7 octobre mais il y a plus de 76 ans. La fin du génocide qui est exigée aux quatre coins du monde implique nécessairement d’en finir avec la colonisation. Mais cette perspective de plus long terme est souvent ramenée à des perspectives diplomatiques qui s’appuient sur le respect du droit international, à l’image du discours d’une grande partie de la gauche institutionnelle ou de Rima Hassan, qui affirmait il y a quelques semaines : « Le droit international est ma boussole. Les résolutions de l’ONU sont le cadre pour avancer et défendre les droits du peuple palestinien. »

Lire aussi : À nouveau sur la Palestine, la guerre et La France Insoumise

Le droit international définit en effet le terme de « génocide » mais aussi celui de « nettoyage ethnique » - désir d’un Etat d’imposer une domination ethnique sur un territoire mixte en usant d’expulsions et de moyens violents – une définition qui correspond à la situation en Palestine. Le droit international considère en outre que le nettoyage ethnique comme le génocide sont des crimes contre l’humanité. Plusieurs avocats, comme Gilles Devers, considèrent même que le droit à la résistance est déduit des principes fondamentaux du droit international.. Pourtant, malgré ces définitions et les décisions d’institutions comme la Cour Internationale de Justice, ce sont les rapports de forces qui s’imposent dans la réalité.

Récemment, la plainte de l’Afrique du Sud et la conclusion des juges de La Haye évoquant un « risque plausible de génocide » ont été balayées par Israël mais aussi par les puissances occidentales. Aussi, si certaines résolutions et conventions de droit international font écho aux problématiques relatives à la colonisation et la résistance face à l’oppression, il est illusoire de considérer qu’elles pourraient suffire à les résoudre. Dans son article d’octobre 2023, Perry Anderson rappelle comment le droit international fut au contraire dès ses origines un outil au service de la consécration et la légitimation des intérêts des puissances occidentales, couvrant « l’exercice arbitraire du pouvoir par les forts sur les faibles ou les guerres sans merci livrées ou provoquées au nom de la sauvegarde de la paix. »

Par ailleurs, l’ONU, loin d’être un outil neutre pour la paix dans le monde, a joué un rôle prépondérant dans la création d’Israël en « partitionnant le territoire palestinien » au mépris total des droits nationaux des Palestinien-nes dès 1947, ouvrant la voie à la consécration des 76 années ultérieures de colonialisme. Après la guerre des six Jours en 1967, l’ONU adopte la résolution 242. Ghada Karmi explique le contenu et les conséquences de celles-ci dans son ouvrage Israël-Palestine, la solution : un Etat : « Tout en réduisant la question palestinienne à celle des réfugiés dans une phrase presque annexe («  un traitement juste de la question des réfugiés…  »), elle offrait à Israël la fin de l’état de guerre avec les Arabes, la reconnaissance de sa souveraineté et de son intégrité territoriale, et elle ouvrait la voie à son acceptation dans la région. En moins de vingt ans après la fondation, Israël passait du stade de paria régional à celui de pays légitime, tandis que les Palestiniens étaient considérés comme un problème humanitaire en attente d’une juste solution, quelle qu’elle soit. »

Par la suite, les accords d’Oslo en 1993 montreront à nouveau toutes les limites de la gestion diplomatique de la question palestinienne, n’offrant qu’une mascarade d’État palestinien, sur les frontières de 1967, sans continuité territoriale et sous le contrôle total d’Israël en ce qui concerne l’accès à des services absolument essentiels comme l’eau potable, l’électricité, ou encore l’accès aux finances, qui ne verra finalement jamais le jour. A l’heure où l’État d’Israël se radicalise dans son offensive contre le peuple palestinien, et alors que les soutiens de l’État d’Israël comme les Etats-Unis, mais aussi la France et le Royaume-Uni, défendent l’État d’Israël, les espoirs dans une issue diplomatique semblent plus que jamais illusoires.

En tout état de cause, la reconnaissance voire la création d’un État palestinien aujourd’hui serait de toute façon celle d’un État au territoire dévasté, sans continuité territoriale, et entièrement subordonné aux desiderata de la puissance israélienne qui reste dominante grâce à l’appui des impérialistes. Une politique très loin d’en finir avec la situation coloniale actuelle, qui va de pair avec une tendance à l’expansion permanente d’Israël et un projet de fond d’élimination des arabes du territoire de la Palestine historique.

Lire aussi : Vers un retour de la « solution à deux Etats » ?

Ainsi, la lutte pour le droit à l’auto-détermination du peuple palestinien nécessite une politique anti-impérialiste et anti-coloniale, qui cherche à aller aux racines de la situation en Palestine et à l’international. Depuis la France, nos mobilisations dénoncent déjà la complicité de Macron et revendiquent rupture des partenariats avec les universités ou entreprises israéliennes. Il s’agit d’exiger également la fin de l’aide militaire à Israël et le retrait des troupes et navires français de la région, ainsi que la rupture de tous les accords militaires, de sécurité, politique avec Israël.

Dans le même temps, défendre que les Palestiniens ne seront pas libres sans la fin de la situation coloniale en Palestine implique de défendre la perspective d’une Palestine ouvrière et socialiste, qui permette de dépasser la situation actuelle. Une approche qui, contrairement à celles offertes du Hamas ou du Fatah, nécessiterait une mobilisation de masse, unissant les travailleurs et les classes populaires arabes de toute la région contre le colonialisme et l’apartheid israélien, et cherchant y compris à s’adresser aux travailleurs israéliens prêts à rompre avec le sionisme.


Facebook Twitter

Philomène Rozan

Etudiante à l’Université Paris Cité , élue pour Le Poing Levé au Conseil d’Administration

Génocide à Gaza : Biden prêt à sanctionner la Cour pénale internationale pour protéger Netanyahou

Génocide à Gaza : Biden prêt à sanctionner la Cour pénale internationale pour protéger Netanyahou

Kanaky : la vie chère imposée par les grands groupes attise les révoltes

Kanaky : la vie chère imposée par les grands groupes attise les révoltes

Ilan Pappé : « pourquoi j'ai été arrêté et interrogé sur Israël et Gaza dans un aéroport américain »

Ilan Pappé : « pourquoi j’ai été arrêté et interrogé sur Israël et Gaza dans un aéroport américain »

L'offensive russe en Ukraine et le spectre d'une situation « pré-1914 »

L’offensive russe en Ukraine et le spectre d’une situation « pré-1914 »

Californie : 48 000 travailleurs de l'Université votent la grève pour le droit à soutenir la Palestine !

Californie : 48 000 travailleurs de l’Université votent la grève pour le droit à soutenir la Palestine !

La Norvège, l'Espagne et l'Irlande reconnaissent l'État palestinien : nouveau revers pour Israël

La Norvège, l’Espagne et l’Irlande reconnaissent l’État palestinien : nouveau revers pour Israël

Famine organisée : Les colons israéliens multiplient les attaques de convois humanitaires destinés à Gaza

Famine organisée : Les colons israéliens multiplient les attaques de convois humanitaires destinés à Gaza

« Mission de dialogue » : Macron en Kanaky pour légitimer la répression et poursuivre le passage en force

« Mission de dialogue » : Macron en Kanaky pour légitimer la répression et poursuivre le passage en force