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27 janvier : travailleurs du public et privé, dans la rue pour les services publics et des salaires dignes !

Le 27 janvier prochain l’intersyndicale CGT-FO-FSU-Solidaires appelle à une date de mobilisation nationale. Après la grève historique du 13 janvier dans l’éducation nationale, il faudra que la colère du personnel enseignant s’y exprime aux côtés de tous les travailleurs du public et du privé, nombreux à lutter ces derniers mois pour leurs salaires.

lundi 24 janvier

Crédits photo : AFP / Lionel BONAVENTURE

Mouvement d’ampleur à l’Education Nationale. Le retour de la « peur de la rue »

Des manifestations dans toute la France, des rassemblements devant le rectorat, des taux de grève records partout, jeudi 13 janvier l’éducation nationale était traversée d’une mobilisation d’ampleur. Historique même, au regard du nombre de personnels mobilisés (plus important nombre de grévistes depuis 2003) et des secteurs impliqués, de la maternelle aux parents d’élèves, jusqu’aux chefs et inspecteurs -habituelles courroies de transmissions des politiques de l’État- tous ont massivement fait grève.

Si jusque ici, la crise sanitaire semblait plutôt profiter à Macron, alors que la vague Omicron avait même permis d’éclipser l’opposition dans une séquence polarisée par la crise sanitaire, la mobilisations de l’éducation nationale a fait revenir la grève sur le devant de la scène. De quoi faire craindre au gouvernement un retour de la rue.

A moins de trois mois du premier tour des élections présidentielles, la réaction suscitée par la gestion sanitaire catastrophique du gouvernement dans les écoles n’a rien d’anodin. Elle témoigne d’une colère profonde des travailleurs de l’Education Nationale, révélée par la gestion du variant Omicron par Jean-Michel Blanquer. Au-delà du scandale des protocoles, c’est le manque de moyens structurel dans les écoles et la casse de l’Éducation Nationale que massivement les enseignants et le personnel ont dénoncé, quelques semaines après les mobilisations des AESH pour les mêmes raisons.

Alors que la course à la présidentielle est belle et bien lancée, et que de Zemmour à Macron en passant par Marine le Pen et Pécresse, les héraults de la bourgeoisie rivalisent de propositions anti-sociales et réactionnaires, le surgissement d’un mouvement social à l’Éducation nationale vient remettre au centre des débats la question des services publics. Un enjeu qui devra être porté le 27 janvier, en cherchant à y converger avec les soignants, confrontés aux mêmes problématiques, mais aussi l’ensemble des travailleurs des services publics en lutte ces dernières année, du travail social aux territoriaux. Initialement appelée autour de revendications salariales, cette journée interprofessionnelle peut par ailleurs permettre de lier l’enjeu des services publics à la question brûlante des salaires qui a conduit à des grèves inédites dans le privé ces derniers mois.

Privé, public : partout en France, des mobilisations inédites pour les salaires

En effet, depuis la rentrée de septembre 2021, des mobilisations sur la question des bas salaires ont éclaté un peu partout jusque dans des entreprises et secteurs habituellement peu habitués aux mouvements sociaux. Après des négociations annuelles sur les salaires, les fameuses NAO, jugées insatisfaisantes, de nombreux salariés ont décidé de se mettre en grève et souvent pour la première fois de leur vie.

Si elle n’a pas la faveur des gros titres de la presse, la colère au sein du mouvement ouvrier est bien réelle. Et les exemples ne manquent pas. La grande distribution qui a connu des profits records pendant la pandémie, a probablement été l’un des secteurs à l’avant-garde de la mobilisation pour les salaires ces derniers mois où des mouvements de grève ont surgi à Décathlon, à Leroy Merlin, à Sephora, à Auchan et à Carrefour ou encore à la Fnac.

Autre secteur aux profits faramineux depuis le début de la pandémie, l’agro-alimentaire a été bien représentée dans cette vague de mobilisations comme chez le volailler industriel Arrivé-Maître Coq ou à Labeyrie où les travailleurs ont fait quatre semaine de grève pour leurs salaires. De même, différentes entreprises de l’industrie ont été traversées par la colère des salariés restés en première ligne tout au long de la pandémie. En décembre, les salariés de Dassault Aviation étaient aussi en grève pour de meilleures rémunérations.

Dans des secteurs plus traditionnellement mobilisés du « public », la colère de la première ligne est également palpable. A l’image des éboueurs de Marseille et de Toulouse qu’on a vu se mobiliser contre les effets de l’application de réforme de fonction publique de Macron et la dégradation de leurs conditions de travail, mais également des revendications salariales des cheminots de la SNCF, des chauffeurs de bus de Transdev et de nombreuses entreprises de transports publics en France. Loin de s’arrêter en 2021, la dynamique a repris depuis janvier avec de nouvelles grèves, chez les convoyeurs de fonds de Loomis, chez Total, Air Liquide, les sous-traitants de la centrale Emile Huchet ou encore les travailleurs des supermarchés Cora. Une colère qui doit elle aussi s’exprimer le 27 janvier.

Pour que 27 janvier ne soit pas une journée isolée, l’urgence de se coordonner pour la défense du service public et les salaires

Si la date du 27 janvier avait été appelée par l’intersyndicale en décembre autour de revendications sur les salaires, celle-ci prend de facto de nouvelles couleurs avec la grève dans l’Éducation nationale. Les mouvements de grève centrés sur les salaires et la colère à l’école, dans l’hôpital et dans l’ensemble des services publics, expriment de fait la même colère des travailleurs en première ligne pendant la crise sanitaire : toujours privés, après deux ans, de moyens et de salaires dignes, malgré les milliards de profits dans le privé et les milliards d’argent public versés au patronat. « L’origine de la colère, c’est évidemment les conditions de travail pendant la pandémie confie ainsi Antoine, un ex-gréviste de Leroy Merlin. « Il y a un gros ras-le-bol. Les protocoles sanitaires ont mis en lumière tout ce qui ne fonctionnait pas dans l’éducation nationale. On en peut plus des conditions dans lesquelles on nous impose de travailler, le mépris, etc. » expliquait de son côté Marine, enseignante à Toulouse le 13 janvier.

Cette colère, il s’agit de faire converger le 27 janvier pour construire le rapport de forces contre le gouvernement. Sur le terrain des salaires, le programme doit donner envie de se battre en exigeant une hausse des salaires de 300€ pour toutes et tous et une hausse du SMIC à 1.800€ net ainsi que de l’ensemble des minimas sociaux. Pour faire le pont avec les travailleurs des services publics, il faut revendiquer des moyens massifs pour ces derniers, afin de faire face à une crise sanitaire loin d’être terminée. Les soignants et les personnels de l’éducation réclament depuis des années des moyens, des embauches et des hausses de salaires. A cela doivent s’ajouter les revendications sanitaires pour se préparer aux prochaines vagues et enfin réaliser les investissements nécessaires en ce sens.

Mais pour arracher ces mesures il faut un rapport de forces. Or, de ce point de vue, le plan proposé par les directions syndicales est loin d’être à la hauteur. Après des mois de silence et être restées l’arme au pied depuis le 5 octobre, cette journée interprofessionnelle est conçue comme une journée isolée, inscrite dans aucun véritable plan de bataille qui chercherait activement les voies d’une extension d’une généralisation de la colère. Dans l’éducation, cette politique a participé à dilapider en partie l’énergie de la mobilisation historique du 13 janvier, qui pourrait cependant se cristalliser à nouveau le 27. Dans ce cadre, il est fondamental de développer l’auto-organisation et de chercher à imposer un plan de bataille pour arracher nos revendications au gouvernement.

Celui-ci devrait s’appuyer sur les mobilisations en cours. En premier lieu sur la colère des personnels de l’Éducation Nationale, mais également sur les conflits pour les salaires qui continuent de se réveiller dans le pays. Il faut mettre toute l’énergie de nos organisations syndicales dans leur soutien, tout en cherchant à étendre ces combats. Cela implique également, de coordonner entre eux les différents mouvements de grève, pour permettre aux grévistes de différents secteurs du privé et du public d’échanger et de se soutenir. Enfin, il faut un travail d’extension de la colère après le 27 janvier, par une campagne active de soutiens dirigée vers les grévistes servant autant à consolider les mouvements locaux qu’à envoyer aux millions de travailleurs du pays le signal qu’il est possible de se battre et de gagner comme l’ont montré les travailleurs de Total ou de Leroy Merlin en obtenant des augmentations de salaires.



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