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Impérialisme

20 millions de tonnes de déchets radioactifs laissés à l’air libre par le français Orano au Niger

Après la fermeture de son site d’extraction d’Uranium d'Arlit au Niger, l’entreprise française Orano a laissé derrière elle 20 millions de tonnes de déchets radioactifs répandus sur 120 hectares, à l’air libre. Ils empoisonnent depuis l’eau et l’air, mettant en danger environnement et population. Cette pollution massive montre le caractère profondément écocide et raciste de l’impérialisme français.

Prune Fabre

28 janvier 2023

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Dans la région d’Arlit au Niger, la filiale d’Orano (ex Areva) a fermé en mars 2021 après plus de 40 ans d’exploitation des sols. Son héritage : 20 millions de tonnes de boue radioactive, non confinée, issue des résidus de l’extraction de l’uranium. Une quantité massive de déchets dangereux laissés à l’air libre à quelques kilomètres de l’agglomération urbaine d’Arlit-Akokan.

En effet, deux filiales d’Orano, la SOMAÏR et la COMINAK exploitent des gisements d’uranium depuis la fin des années 1970. Des analyses produites en 2009 par le laboratoire indépendant de la CRIIRAD (Commission de Recherche et d’Informations Indépendantes sur la Radioactivité) sur ces boues, montrent « qu’il s’agit de déchets radioactifs […] à très longue durée de vie ». De ces déchets émanent en permanence un gaz radioactif, le radon 222.

Ces boues radioactives sont ensuite dispersées en poussières dans l’air ambiant avec le vent. Elles vont donc être inhalées par les travailleurs, dont certains sont toujours actifs sur le site, et par les riverains de l’agglomération la plus proche. La CRIAD est en lien avec une ONG locale, AGHIRIN’Man.

Cette dernière a été créée en janvier 2000 à Arlit, afin de lutter contre la destruction et la pollution de l’environnement, ainsi que la mise en danger des travailleurs et de la population par la radioactivité résultant de l’activité d’Orano. Ensemble, ils ont appris que le taux de radioactivité émanant de cette boue est en moyenne 900 fois supérieure à la production habituelle des sols, il suffirait de rester une dizaine d’heures aux alentours de la zone pour dépasser la dose annuelle acceptable par le corps humain, selon la CRIIAD.

La compagnie, bien que n’exploitant plus le chantier, laisse derrière elle une terre ravagée, un air pollué et une eau toxique aux populations. En effet, ces déchets laissés à même le sol sur près de 120 hectares ont déjà atteint les eaux souterraines, impactant ainsi l’alimentation en eau potable de plus de 100 000 personnes dans la région d’Arlit. En 2017, les autorités du Niger ont construit de nouveaux puits mais la CRIAD a montré que l’eau réceptionnée par la population dépassait tout de mêmes les limites sanitaires de l’OMS en termes de concentration en Uranium.

Orano envisage désormais de recouvrir ces déchets d’environ 2 mètres d’argile et de roches. Un cache-misère qui ressemble à une insulte, alors que la santé des milliers d’habitants et de travailleurs du site est déjà définitivement impactée par l’absorption de ces matières radioactives. D’autant plus que la réalité des dégâts est sans doute encore plus terrible, étant donné que ni le CRIAD ni AGHIRIN’Man n’ont réussi à avoir des chiffres détaillés des prélèvements réalisés par Orano. Un refus de transparence criminel, qui cache sans doute des dommage massifs.

Derrière ce massacre écologique et ces impacts humains direct ce sont bien les logiques de l’impérialisme français qui sont à l’œuvre. En effet, en 2021, 34,7 % de l’uranium importé en France pour le fonctionnement des centrales électronucléaires provient du Niger. Une énergie dont le gouvernement vantait jusqu’à récemment le bas prix, mais qui se paie entre les mains du patronat et de la classe politique par la santé et la vie des populations nigériennes et de leur environnement.

Dans des coordonnées bien différentes, les travailleurs de l’énergie font également face en France aux politiques destructrices du gouvernement et du patronat : travaux dangereux et pénibles, occasionnant maladies et décès prématurés, sous-effectifs, manque de moyens, et installations vieillissantes, salaires rognés par l’inflation et maintenant menace de départ plus tardif en retraite.

Alors que ces travailleurs sont à l’avant-garde du mouvement contre la réforme des retraites, il est urgent pour les secteurs de l’écologie qui veulent lutter contre les destructions environnementales causées par l’impérialisme français de s’allier à leurs côtés. Une première étape essentielle pour commencer à construire une écologie capable de frapper les pollueurs et les pilleurs là où ça leur fait mal : en plein cœur de la production.


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