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20 ans d’AZF : victimes et ouvriers de Grandpuits et de Lubrizol réunis à Toulouse pour dénoncer les pratiques de Total

Ce mardi 21 septembre ont eu lieu les commémorations des 20 ans de l’explosion d’AZF. L’occasion pour les associations de victimes, les syndicats et les travailleurs de rappeler la responsabilité criminelle du groupe Total, sa stratégie judiciaire nauséabonde pour échapper à ses responsabilités et la nécessité d’organiser la production pour plus de sécurité.

mercredi 22 septembre

Le 21 septembre avait lieu à Toulouse l’anniversaire des 20 ans de l’explosion de l’usine AZF, gérée par une filiale de Total. Cet accident industriel avait entraîné la mort de 31 personnes, blessé des milliers d’autres et causé de très importants dommages matériels. D’un côté, la cérémonie « officielle » a réuni le maire de Toulouse, Moudenc, des élus et des représentants de la direction de Total pour une commémoration hypocrite occultant totalement la responsabilité de cette dernière dans l’incident. De l’autre, l’association des sinistrés du 21 septembre, l’association AZF : plus jamais ça – ni ici ni ailleurs, des syndicats et des travailleurs, notamment des raffineurs de Grandpuits et des ouvriers de Lubrizol ont fait porter la voix des victimes de la catastrophe mais également celle des travailleurs et riverains d’usines à risques dont la vie est constamment mise en danger par le patronat.
Cette dernière commémoration a rassemblé 150 personnes autour de prises de paroles et d‘une minute de silence à 10h17, heure de l’explosion.

L’association Plus jamais ça a détaillé comment pendant 19 ans, Total a déployé tous ses moyens pour brouiller les pistes et masquer sa responsabilité dans l’explosion, avant que sa filiale Grand Paroisse soit reconnue coupable par la justice en 2019. Le groupe n’a en effet reculé devant rien, allant jusqu’à créer de toutes pièces une fausse piste terroriste accusant l’une des victimes de l’explosion et entraînant les familles de victimes dans de très lourdes procédures judiciaires.

L’association des sinistrés du 21 septembre, qui se bat pour la reconnaissance et l’indemnisation des victimes (et traite encore à ce jour des dossiers), a souligné que contrairement au chiffre de 2500 souvent avancé dans la presse, c’est plus de 22 000 personnes qui ont été blessées dans l’explosion. Sa représentante a rappelé que ce sont bien « les manquements délibérés dans l’organisation de l’usine, notamment dans la procédure du traitement des déchets industriels du site et la généralisation de la sous-traitance qui sont les causes avérées de cette explosion ». Comme l’association Plus jamais ça, elle a montré comment Total a manœuvré pendant quasiment 20 ans de manière à cacher sa responsabilité.

Gérald Le Corre, responsable CGT des questions de santé au travail en Normandie et animateur du collectif unitaire Lubrizol a également appuyé dans ce sens en dénonçant « les stratégies de mensonge » mises en place par les entreprises et le gouvernement pour se protéger.
Il a aussi pointé le fait que « les capitalistes continuent de mettre nos vies en danger », en évoquant la multiplication récente des accidents industriels. « Il y a eu Lubrizol, il y a eu AZF, et malheureusement [..] on constate ces dernières années une multiplication des incidents, des explosions, on a eu une explosion à Saipol avec 2 morts, on a de multiples incendies et malheureusement le constat qu’on fait, 20 ans après AZF, 2 ans après Lubrizol […], les capitalistes font encore pire que d’habitude. »

Ces accidents industriels sont les conséquences directes des politiques patronales de baisses de moyens dans la sécurité, de réductions d’effectifs et de sous-traitance, accompagnées par le gouvernement par la déréglementation du travail dans les usines SEVESO, la casse du code de l’environnement et la suppression des CHSCT. Ces politiques, qui permettent au patronat de réduire les coûts, exposent les travailleurs, les riverains mais également l’environnement à des dangers toujours croissants. Contre cette mise en danger de tous pour le profit de quelques uns, il est urgent de se mobiliser pour l’interdiction de la sous-traitance et l’internalisation des intérimaires, l’interdiction des contrats précaires (CDD, Intérim) pour des embauches en CDI et la régularisation des travailleurs sans-papiers, ainsi que la mise en place place de comités ouvriers de sécurité indépendants des directions patronales, rassemblant syndiqués et non-syndiqués, bénéficiant d’un droit de regard plein et entier et de prérogatives larges.

Au-delà de ces mesures d’urgence, Adrien Cornet et Paul F., raffineurs à Grandpuits ainsi que Gaetan Gracia, ouvrier dans l’aéronautique, tous militants à Révolution Permanente et à la CGT rappellent que face aux risques industriels causés par les politiques criminelles du patronat, seuls les travailleurs ont les intérêts et les compétences pour organiser une production sûre et écologique. Adrien Cornet affirme ainsi : « les catastrophes industrielles vont continuer tant qu’on laissera les usines aux mains des patrons. Pour faire plier une entreprise comme Total, la seule garantie environnementale c’est le contrôle ouvrier sur la production ! »




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