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17 septembre

17 septembre en demi-teinte : l’urgence d’un vrai plan de bataille contre les licenciements et les fermetures d’usine

Ce jeudi 17 septembre devait marquer « une puissante journée nationale d’action, de grève et de manifestation » selon l'appel intersyndical. Mais force est de constater qu'elle a été particulièrement routinière, en dépit d'une situation inédite potentiellement explosive et marquée par des attaques d'ampleur comme la fermeture de l'usine Bridgestone. La faute à qui ?

jeudi 17 septembre

Les manifestations ont réuni quelques milliers de personnes dans les grandes villes du pays. Mais le bilan de cette journée de mobilisation est en demi-teinte : seules les équipes syndicales traditionnelles se sont mises en grève, les cortèges étaient pour la plupart routiniers et plusieurs secteurs pourtant en première ligne de la crise sanitaire et économique se sont fait remarquer par leur absence.

Pourtant, toutes les raisons de se mobiliser sont là, face à la gestion catastrophique de la crise sanitaire et aux conséquences économiques désastreuses que le gouvernement et le patronat cherchent à faire payer aux plus précaires. Cette rentrée sociale bien tiède n’est pas le reflet d’une absence de colère, mais plutôt du manque de perspective de lutte qu’offrait cette date isolée du 17 septembre et de l’absence de plan de bataille.

Les héros d’hier sont les sacrifiés d’aujourd’hui

Il va sans dire que la rentrée 2020 ne ressemble en rien à celle de 2019. La pandémie de coronavirus et les conséquences économiques de la crise sont passées par là. Les héros en blouse blanche et en bleu de travail, qui ont continué à faire tourner la machine pendant le confinement subissent aujourd’hui de plein fouet les cures d’austérité, les baisses de salaire, les suppressions de poste, l’augmentation de la charge de travail et la dégradation des conditions de travail.

Et alors que 200 000 travailleurs viennent s’ajouter aux chiffres du chômage et que les suppressions de poste se multiplient – à l’instar de la fermeture médiatisée de l’usine Bridgestone à Béthune – en dépit des 100 milliards d’euros offerts par le gouvernement au patronat, certains travailleurs de ces secteurs en première ligne de la crise ont profité de cette journée de mobilisation pour témoigner de leur colère.

C’est cette colère qu’expriment les salariés de TUI France, menacés par plus de 600 suppressions de poste : « Si l’Etat débloque une enveloppe pour des millions, qu’il nous donne des millions. On va montrer qu’on est capable de faire des pneus et de fournir un marché pour la France et l’Europe, sans les patrons, on est capables de le faire ! »

Au micro de Révolution Permanente, Djamel Benotmane, de la CGT Fiducial Sécurité, évoque les 21 morts du coronavirus dans son secteur d’activité, avant de dénoncer « les patrons voyous en concordance avec le gouvernement » qui aujourd’hui licencient à tour de bras. Il appelle au soutien de Dakori Toti, son collègue de 63 ans licencié abusivement par la société Fiducial.

Les grévistes de l’hôtel Ibis à Batignolle tenaient un point fixe dans la manifestation pour faire connaître leur lutte qui dure depuis plus d’un an et dénoncer les conditions de travail que leur impose le groupe.

Autre secteur dont le caractère essentiel a été mis en lumière durant le confinement : la grande distribution. Les cortèges de salariés du commerce étaient plus visibles qu’à l’habitude, de Monoprix à Carrefour Market, en passant par Biocoop – le retour à la terre. Des salariés souvent jeunes et précaires, qui dénoncent le mépris de leurs patrons et revendiquent une revalorisation salariale et de meilleures conditions de travail, comme l’explique Konstantin, gréviste de Biocoop, qui a manifesté au côté du cortège du NPA Jeunes.

A Toulouse, où la crise de l’industrie aéronautique impacte fortement les emplois de la région, les ouvriers du secteurs étaient plusieurs à s’être mobilisés pour l’occasion. Gaëtan Gracia, délégué à la CGT et militant à Révolution Permanente, revient sur les 27 plans de licenciements qui secouent le secteur dans la seule région Occitanie, et les nombreux « accords de performance collective » comme à Derichebourg, qui entraînent de dramatiques baisses de salaire : « Comme point de départ, on doit avoir une vision sur les comptes de la boîte, dans un secteur qui a fait des milliards de bénéfices ces dernières années, pour savoir précisément au nom de quoi ils veulent nous licencier. On veut se coordonner et c’est en ce sens qu’on organise aujourd’hui une rencontre des travailleurs de l’aéronautique, comme premier pas pour tisser des liens, se soutenir, avoir une vision du secteur, commencer à se coordonner... C’est une rencontre qui en appellera d’autre ! »

Faible mobilisation au-delà des équipes syndicales : la faute à qui ?

En dépit de la présence notable de salariés de secteurs où les conditions de travail se sont dégradées à grande vitesse ces dernières semaines ou qui font face à des plans de licenciements, force est de constater qu’au delà des habituelles équipes militantes et syndicales, la mobilisation était faible dans les secteurs pourtant fortement impactés par la crise et d’habitude prompts à se mobiliser, comme les transports, ou l’éducation nationale.

C’est cette contradiction que Diane, enseignante en collège dans la région toulousaine, explique au micro de Révolution Permanente. Car si l’éducation nationale où « on voit que le gouvernement n’a rien prévu pour nous et où les conditions se sont fortement dégradées à la rentrée, pour les enseignants comme pour les élèves », elle a dans un premier temps hésité à se mettre en grève, comme beaucoup de ses collègues. Car cette journée de mobilisation « n’a pas beaucoup été appelée et soutenue par les syndicats », et les perspectives au-delà de cette journée de mobilisation isolée sont pour l’instant limitées.

Et en effet, le bilan de cette rentrée sociale en demi-teinte incombe en premier lieu aux directions syndicales, qui ont appelé tièdement à la grève sans pour autant chercher à la construire, et continuent à se rendre à Matignon dans un illusoire « dialogue social » sans chercher à construire de véritable rapport de force face aux attaques de plus en plus violentes du gouvernement et du patronat.

Surtout, les directions syndicales jouent le rôle de contention de la colère dans les entreprises, comme par exemple Force Ouvrière a pu l’être à Derichebourg. Entreprises par entreprises des accords sont trouvés pour empêcher des explosions de colère. Mais, aujourd’hui il ne s’agit plus de négocier des miettes mais bien de coordonner les colères pour frapper ensemble et mettre un coup d’arrêt à ceux qui veulent nous faire payer la crise alors qu’ils engrangent des milliards sur notre dos.

Le gouvernement, par les aides à la relance, les mécanismes de chômage partiel ou plus récemment la mise en place d’emplois aidés pour les jeunes, cherche à contenir les conséquences de la crise économique. Mais le patronat ne s’arrêtera pas aux portes du dialogue social et des aides gouvernementales pour licencier. Le projet d’Elisabeth Borne, d’ailleurs, ce n’est pas de les y obliger alors qu’elle se prépare à permettre les licenciements dans les entreprises aux « perspectives » dégradées. Le gouvernement veut surtout éviter un retour explosif de la lutte, à l’aube des attaques qui se préparent, et tout faire pour les diluer dans le temps. Pourtant, elles vont être très nombreuses, avec une récession autour de 9,5%.

Mais la colère, même si elle est latente, reste bien présente comme le montre l’avant-garde déjà mobilisée et les premières formes de ripostes, comme à Bridgestone où le délégué syndical a déclaré : « On ne laissera pas partir cette usine comme ça. C’est des années de labeur, de galères, de bons moments. »

Imposons nos propres perspectives

Dans un contexte où des attaques sans précédent vont pleuvoir sur le monde du travail et les plus précaires, mais où les directions traditionnelles du mouvement ouvrier restent l’arme au pied, il s’agit de nous organiser et de nous coordonner pour imposer notre propre plan de bataille. Les exemples, au cours de ces dernières années, sont nombreux. C’est la coordination RATP-SNCF qui avait permis d’empêcher la trêve que voulaient imposer les directions syndicales au cours des vacances de fin d’année, pendant la bataille des retraites en hiver dernier. Et cette auto-organisation, cette velléité à prendre leurs affaires en main des grévistes, a permis de construire des équipes militantes combatives qui continuent à se battre aujourd’hui. En témoigne le barbecue de retrouvailles interprofessionel sur le dépôt RATP de Belliard ce jeudi matin, avant le départ de la manifestation, qui a réuni des gréviste des transports, de la santé, de l’énergie... Un moment de lutte où Didier Dorzile de la CGT RATP Aubervilliers a tenu à « remercier le gouvernement et le patronat parce qu’avant on menait nos luttes chacun de notre côté, et grâce à eux on s’est rendu compte qu’on doit se battre ensemble, ils ont réussi à nous unir ! »

C’est dans cette même perspective de coordination, en dépassant les clivages syndicaux, entre sous-traitants et donneurs d’ordre, entre syndiqués et non-syndiqués, que s’est tenue à Toulouse à l’appel de plusieurs salariés du secteur la première rencontre des travailleurs de l’aéronautique. Une rencontre pour forger un plan de bataille et qui en appelle d’autres, ayant réuni des dizaines de salariés représentant au total 19 entreprises du secteur aéronautique.

C’est sur cette nécessité d’une organisation de la base pour la base que revient Anasse Kazib, dans un bilan vidéo de cette journée de mobilisation.




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