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Sous-traitance = maltraitance

"17 points de sutures à la tête" : un sous-traitant gravement blessé au Technicentre SNCF de Châtillon

"Coupure à la tête avec 17 points de sutures, col du fémur, tibia et omoplates cassés". Au Technicentre SNCF de Châtillon, un salarié du nettoyage de l'entreprise de sous-traitance ONET a été victime d'un accident du travail. Une conséquence des mauvaises conditions de travail sur le site selon le syndicat SUD-Rail qui pointe la responsabilité de la direction.

mercredi 25 mai

Un chantier au Technicentre Atlantique de Châtillon. Crédit photo : AFP/Ludovic MARIN

Lundi 16 mai, au Technicentre SNCF Châtillon-bas, un travailleur du nettoyage embauché par l’entreprise de sous-traitance ONET a été victime d’un accident du travail et s’est blessé grièvement. Dans un communiqué, la section locale du syndicat Sud Rail rapporte une « coupure à la tête avec 17 points de sutures, col du fémur, tibia péroné et omoplates gauche cassés ».

L’accident s’est produit alors que le salarié d’ONET était en train de ramasser les ordures sur le chantier. Il s’est retrouvé bloqué dans son travail par le chariot d’une autre équipe, celle de « confort propreté », une nouvelle équipe mise en place par la direction pour accélérer la productivité. Pour tenter de débloquer la voie, il a dû déplacer le chariot et c’est là que le drame s’est produit. Le chariot s’est retrouvé sur le chemin d’une rame de train qui partait en direction de la Gare Montparnasse pour effectuer son service commercial, emportant en même temps le salarié et manquant presque de le broyer complètement.

Le pronostic vital du travailleur n’est pas engagé, mais la convalescence sera longue et il pourrait garder des séquelles à vie.

La direction du Technicentre met en cause une « erreur humaine » pour se défausser

Le 18 mai, soit deux jours après, une réunion extraordinaire de la Commission Santé, Sécurité et Conditions de Travail (CSSCT) a eu lieu pour faire la lumière sur l’accident. Clément, technicien de maintenance au Technicentre et délégué syndical SUD-Rail élu dans cette instance raconte : « c’était scandaleux, alors qu’un de nos collègues était à l’hôpital, tout ce qu’a trouvé à dire la direction, c’est que c’était une erreur humaine ». La direction se serait contenté d’un « rappel des bonnes pratiques ».

« Elle ne cherche qu’à trouver des solutions peu coûteuses pour continuer à faire travailler les salariés sur un chantier dangereux » explique le délégué syndical. Pour lui, « il est inadmissible de chercher à faire des économies sur la sécurité des travailleurs, alors que les infrastructures sont obsolètes et que leur réorganisation apporte un danger supplémentaire ».

Dégradation des conditions de travail : « cette fois ça a coûté cher à un de nos collègues »

« Ça fait des années qu’on dénonce la dégradation de nos conditions de travail et les risques qu’on encourt, mais la direction s’en fiche », dénonce le syndicaliste. Pour lui, la politique de la direction qui consiste à chercher à faire des gains de productivité favorise les risques d’accident du travail.

En effet, le délégué syndical pointe « la co-activité entre différentes équipes SNCF et sous-traitantes sur le chantier qui provoque des risques de mouvement ». Pour imager, il prend l’exemple des risques d’accident électrique : « Certaines équipes ont besoin de la tension caténaire, d’autres non. Donc on doit se coordonner sur des infrastructures pas adaptées. Tout cela ajoute énormément de pression dans le travail au quotidien ».

Dans le cas de cet accident, il explique que « la direction a rajouté de la co-activité supplémentaire en séparant des opérations de maintenance en plusieurs modules pour économiser des mouvements de rames TGV, autrement dit, du temps et de l’argent ». Pour lui, c’est clair : « Tout ce qui importe à la direction, c’est de faire du chiffre sur notre dos ». Il conclut : « Cette fois, ça a coûté cher à un de nos collègues ».

Sous-traitance = maltraitance ! La SNCF doit internaliser tous les salariés !

De plus, la victime de l’accident étant un salarié de l’entreprise de sous-traitance ONET, Clément pose la question du statut des travailleurs sur le site : « la SNCF a recours à des entreprises sous-traitantes pour réduire les coûts, mais derrière ces salariés se retrouvent à travailler sur les mêmes chantiers que nous, souvent sans suffisamment de formation et surtout avec plus de pression à la productivité. C’est ce qui produit les accidents. C’est pour cela qu’on exige non seulement que les infrastructures soient remises à neuf et respectent les normes de sécurité, mais aussi que tous les salariés du nettoyage soient internalisés et formés par la SNCF ».

En tout état de cause, alors que la France était sinistrement sacrée championne de la mort au travail il y a quelques semaines, cet accident dramatique et la réaction de la direction démontrent encore une fois que pour faire des profits, le patronat est prêt à mettre en danger la vie des travailleurs. Face aux risques d’accidents du travail, il faut construire le rapport de force pour imposer des conditions de travail dignes pour tous, à commencer par la fin de la sous-traitance et l’internalisation de tous les salariés.



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