^

Notre classe

La police tue

16 ans après la mort de Zyed et Bouna, ni oubli ni pardon !

Ce 27 octobre marque le terrible anniversaire de la mort de Zyed et Bouna, deux adolescents morts électrocutés alors qu'ils fuyaient la police à Clichy-sous-Bois. Cette histoire tragique, à la lumière des récentes polémiques sur les forces de répression, vient nous rappeler qu’il est nécessaire de continuer à affirmer : oui, la police tue.

mercredi 27 octobre

Crédits photo : JOEL SAGET / AFP

Le soir du 27 octobre 2005, une bande de jeunes de la cité du Chêne Pointu à Clichy-sous-Bois joue au foot. Nous sommes en plein ramadan et quand sonne l’heure de la rupture du jeûne, chacun se dépêche de rentrer chez soi. Zyed Benna, 17 ans, Bouna Traoré, 15 ans et Muhittin Altun, 17 ans également, empruntent un chemin de traverse au milieu d’un chantier. Un appel téléphonique les signale au commissariat. Une voiture de la brigade anti-criminalité (BAC) est immédiatement envoyée sur les lieux.

À la vue du véhicule de police, les trois adolescents sont pris de panique. Ils connaissent la violence des contrôles de police dans les quartiers, et savent pertinemment qu’on ne sait jamais comment ça peut finir. Zyed, Bouna, Muhittin et leurs amis se mettent à courir.

Comme le relatait Europe1 en 2015, « Une course-poursuite s’engage alors entre les policiers de la BAC et une dizaine de jeunes. Six sont stoppés net par les policiers et interpellés. D’autres parviennent à prendre la fuite en direction d’un petit bois. Parmi eux, Zyed, Bouna et Muhittin. “Par peur des policiers, parce que ça se passait souvent mal lors des contrôles”, raconte l’un de leurs copains d’enfance, Fariz Allili, aujourd’hui âgé de 25 ans ».

Cynisme et impunité policière

Les trois adolescents cherchent donc à échapper coûte que coûte aux policiers. À tel point qu’ils ne perçoivent plus les autres dangers, et décident de se réfugier dans un transformateur EDF. Un arc électrique se forme entre les trois jeunes, propulsés hors de terre par une décharge de 20.000 volts. Toute la ville de Clichy-sous-Bois est plongée dans le noir. Les corps de Zyed et Bouna retombent, inertes. Muhittin, brûlé à 2000 degrés, les vêtements collés à la peau, trouve la force de retourner à la cité du Chêne Pointu, chercher du secours. Les grands frères de la cité accourent. Ce sont eux qui appellent les pompiers. Les minutes passent, semblent des heures, mais il est déjà trop tard, Zyed et Bouna ne pourront être sauvés.

Pendant la course-poursuite, l’un des deux policiers inculpés par la suite, Sébastien Gaillemin, déclarait cyniquement à ses collègues : « en même temps, s’ils rentrent sur le site EDF, je ne donne pas cher de leur peau ».

Mais personne, ni au commissariat ni parmi les policiers dépêchés sur le terrain, ne s’est inquiété de la vie des jeunes en fuite. 10 ans après la mort des deux adolescents, les deux policiers mis en examen pour non-assistance à personne en danger seront relaxés et innocentés.

Le point de départ de la grande révolte des banlieues de 2005

Zyed Benna et Bouna Traoré, tout juste âgés de 17 et 15 ans, fils d’éboueurs de la Ville de Paris, l’un arabe, l’autre noir, n’étaient qu’un exemple parmi tant de milliers d’autres, de cette jeunesse issue de l’immigration travailleuse qui subit au quotidien le chômage et la précarité, les mauvaises conditions de logement et d’éducation, le racisme et la stigmatisation, les contrôles au faciès et la violence policière, l’exclusion et l’absence de perspectives.

Suite à leur mort, la colère éclate dans les quartiers contre une police raciste qui harcèle les jeunes des quartiers populaires, mais aussi contre tout un système qui n’offre aucun avenir à ces jeunes. Des émeutes voient le jour dans les banlieues françaises. La seule réponse sera celle de la répression. L’état d’urgence est déclaré le 8 novembre et 6 000 personnes seront interpellées. Pour délégitimer le mouvement et dépolitiser les actes des émeutiers, ces derniers seront qualifiés par le ministère de l’intérieur de « délinquants connus » – une affirmation fausse, comme l’ont démontré les magistrats.

Ni oubli, ni pardon !

16 ans après la mort de Zyed et Bouna, rien n’a changé et l’on comprend toujours aussi bien pourquoi les deux adolescents ont préféré fuir la police à tout prix, par peur de la répression. Non seulement la police tue toujours – depuis 1977, ce sont 746 personnes qui sont mortes des suites d’une intervention policière ou suite à l’action d’un policier en dehors de son service, d’après une enquête de BastaMag – mais de plus, les politiciens bourgeois voudraient faire taire les voix qui dénoncent ce fait, à l’instar du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin qui a récemment porté plainte contre Philippe Poutou après que ce dernier ait affirmé que oui, « la police tue ».

16 ans après la mort de Zyed et Bouna, le combat contre le racisme et les violences policières est toujours aussi urgent et nécessaire, à l’image de la lutte mené par Assa Traoré et le comité pour Adama ainsi que par tous les collectifs qui exigent justice et vérité pour les victimes des forces de répression. 16 ans après la mort de Zyed et Bouna, nous devons continuer à affirmer qu’il faut détruire ce système et construire une nouvelle société, débarrassée de l’oppression et de l’exploitation.




Mots-clés

Racisme d’État   /    Répression policière   /    Police   /    Banlieues   /    impunité policière   /    Racisme   /    Violences policières   /    Notre classe