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Politique

Pour un vrai plan de bataille

14 juillet : malgré les trahisons, les soignants appellent à manifester contre le plan Ségur

A la veille du 14 juillet, c’est une grande opération de com’ que le premier ministre Castex a mis en scène à l’Elysée. « Monsieur T2A » comme il est surnommé, responsable de la casse de l’hôpital public, y a paraphé un accord dit « historique » avec la complicité traitre des directions syndicales de la CFDT, FO et de l’UNSA. Un « accord » marqué sous le sceau du « dialogue social » que les soignants comptent bien dénoncer, à contre-pied de la mascarade de la parade militaire, en manifestant ce 14 juillet.

lundi 13 juillet

Crédit PASCAL GUYOT / AFP

C’est en grande pompe que le nouveau chef du gouvernement a paraphé le plan dit « Ségur de la santé » en présence des directions syndicales la CFDT, FO et l’UNSA, signataires de l’accord. Une cérémonie que Jean Castex a voulu marquer comme un « moment historique » pour le système de santé. « Personne ne doit douter qu’il s’agit d’un moment historique », a-t-il déclaré, avant de souligner avec force la méthode du « dialogue social ». Une mise en scène que Macron compte bien prolonger avec l’invitation de 1400 hospitaliers à la parade militaire du 14 juillet comme une manière de symboliser les « remerciement de la patrie » et surtout faire oublier la casse de l’hôpital public, la gestion catastrophique de la crise sanitaire, les mensonges sur les masques.

Pourtant, ce plan, en plus de ne pas proposer le minimum syndical en terme d’augmentation salariale, intègre tout une un ensemble de flou qui incorpore une dose toujours plus importante de néo-libéralisme dans l’hôpital public qui ouvre une brèche importante dans les 35h qui seront « assouplies » comme le précise un article du journal Les Echos. Ainsi, non seulement, ce plan est loin d’un « rattrapage salariale » puisque cette « augmentation » correspond à peine au rattrapage de l’inflation sur treize ans et se place très loin de l’augmentation de 300 euros nets exigée par les hospitaliers, mais il prépare de nouvelles attaques.

« Les soignants n’auront pas un centime cette année, le #SegurDeLaSante est une imposture ! Rien sur les salaires avant le vote du #PLFSS et les textes début 2021. On veut 300 euros maintenant pour les #infirmiers pas 90 euros à titre rétroactif, un an après le Covid-19 » dénonce par ailleurs le syndicat infirmier SNPI CFE CGC, des déclarations qui tranchent avec celles de la CFDT qui se félicitent de l’accord.

Mais ce sont aussi les anciens soutiens de Macron, comme Patrick Pelloux médecin urgentiste et président de l’AMUF, qui prennent position ouvertement pour dénoncer cette mascarade. Ainsi, celui qui affirmait voter pour Macron « sans aucune hésitation » au second tour de la présidentielle, dénonce ouvertement ceux, comme les directions syndicales, « qui depuis 30 ans signent les accords et qui font un truc à l’envers ». « On nous avait promis un nouveau monde, on nous avait promis une modernité, un ‘quoi qu’il en coûte’, et puis on se retrouve avec le monde d’avant en pire », a déploré l’urgentiste ce lundi sur France info.

Il continue « Concernant les urgences, il n’y a aucun progrès. Il ne se passe rien de moderne. On nous avait promis un nouveau monde, on a l’impression que c’est le monde du passé qui est en train d’être institutionnalisé pour des années. Il n’y a rien sur les gardes, il n’y a rien sur la permanence de soins, il n’y a rien sur la valorisation du temps additionnel, c’est-à-dire des heures supplémentaires. Là, dans le Ségur, il n’y a aucun moratoire. On va continuer la fermeture des hôpitaux et ça, je trouve vraiment que ce n’est pas bien ce qu’ils font », a-t-il dénoncé.

C’est ainsi la CFDT, l’UNSA qui ont trahi les grévistes de la SNCF et de la RATP qui réitèrent une nouvelle fois en signant un « accord » scélérat avec le gouvernement. Si ce n’est évidemment pas une surprise, cette fois-ci, ils sont rejoints par Force Ouvrière qui permet à l’accord d’être « majoritaire » au prorata des adhérents. Une trahison en règle de la centrale de Yves Veyrier dont la ligne rejoint désormais celle des syndicats dit « réformistes » comme la centrale de Laurent Berger et de Laurent Escure.

De leur côté, si la direction de la CGT comme celles de Solidaires ont justement refusé de signer cet accord scélérat, il reste que leurs participations au cadre même de la concertation n’a en aucun cas donné un bon signal aux soignants mobilisés depuis déjà plus de deux ans maintenant. En l’absence de plan de bataille à la hauteur de la colère des soignants, la participation aux concertations a participé à donner des illusions sur une « négociation » alors que la manœuvre du gouvernement visant à réinstaurer le dialogue social était inscrite comme une mascarade de plus visant à canaliser la colère exprimée par les soignants.

Face à ce qui ressemble à un « accord » de l’ancien monde visant à réhabiliter le « dialogue social », contre les trahisons de la CFDT, de l’UNSA et de FO, plus que jamais il s’agit d’opposer une riposte à la hauteur des enjeux, celle de stopper l’offensive du gouvernement sur l’hôpital publique, la fin des suppressions de lit, l’absence d’investissement massifs dans l’hôpital public, de véritables augmentations de salaires.

En ce sens, même si cela reste minimal, ce 14 juillet, des organisations syndicales comme la CGT, SUD, la SNPI CFE-CGC, des collectifs l’inter-urgence et inter-hôpitaux, des organisations paramédicales comme l’AMUF, le collectif de la psychiatrie et la Coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité, appellent les personnels et les usagers à se mobiliser pour une journée de grève et d’action dans l’ensemble de l’hexagone. A Paris, une grande manifestation à Paris se tiendra notamment à 14h place de la République en direction de Bastille. Cette mobilisation compte bien faire le contre-pied de la nouvelle opération de communication que Macron qui a invité 1 400 soignants triés sur le volet à se joindre à la parade militaire le 14 juillet.

Cette opération d’instrumentalisation du gouvernement a pour objectif de canaliser temporairement la colère des soignants pour se donner les mains libres à des attaques toujours plus profondes contre l’hôpital public comme en témoigne ce plan Ségur qui cache derrière le rideau de fumé des 8,1 milliards d’euros cache un plan des plus néo-libéraux comme le pointe le journal Les échos : « en contrepartie des milliards d’euros promis aux agents hospitaliers, le gouvernement leur demande de mettre en place des forfaits d’heures supplémentaires et prévoit de développer l’intéressement collectif ». Une nouvelle offensive « en même temps » d’inspiration macroniste qu’il s’agit de battre en brèche.

Pour cela, il faut d’abord dénoncer cet accord pour ce qu’il est, mais plus encore, il nous faut faire converger les colères ce 14 juillet, et bien au-delà pour imposer notre propre plan d’urgence. En ce sens, il est plus qu’indispensable de lier la lutte pour l’hôpital public de la lutte contre les licenciements mais aussi contre les violences policières et le racisme. Plus que jamais, contre un gouvernement qui cherche à nous réimposer le monde d’avant, il nous faut opposer, malgré les trahisons de certaines directions syndicales, l’unité de nos rangs.




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Casse de l’hôpital   /    Politique