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1 milliard d’euros récolté en 48h pour Notre-Dame : les associations de solidarité écœurées

Depuis lundi, les fortunes des grands patrons s’étalent au grand jour au travers des dons faramineux récoltés pour Notre-Dame. Un élan de solidarité qui n’est pas sans provoquer de malaise chez les associations de solidarité qui souffrent d’importantes réductions de moyens.

jeudi 18 avril

« Finalement, le ruissellement fonctionne mais il est un peu sélectif et laissé à la libre appréciation de ceux qui détiennent aujourd’hui une grande partie de la richesse. » La phrase de Thierry Kuhn, directeur d’Emmaüs Mondo interviewé par FranceInfo TV résume bien le sentiment mitigé des associations de solidarité. Des associations comme Emmaüs, ATD Quart-Monde ou encore la Fondation Abbé Pierre expriment leur malaise dans les colonnes du Monde.

Alors que près d’1 milliard d’euros a été récolté en moins de 48h pour Notre-Dame, celles-ci font face à une chute historique des dons. Un phénomène lié notamment à la suppression de l’ISF - dont les assujettis avaient la possibilité d’obtenir des déductions d’impôts au travers de la solidarité -, ou encore la baisse du pouvoir d’achat des retraités, un secteur de la population particulièrement concerné par le don aux associations, mais aussi bien sûr à la réduction des subsides publiques.

Des politiques emblématiques du gouvernement Macron dont les effets collatéraux percutent les associations caritatives. De quoi laisser amères celles qui doivent faire face à une misère croissante, tandis que les grandes fortunes françaises étalent leur philanthropie dans la presse : 200 millions d’euros pour LVMH, 100 millions d’euros pour Total, 200 millions d’euros pour la famille Bettencourt-Meyers.

Des sommes qui laissent d’autant plus perplexes que les généreux donateurs sont souvent connus pour leurs arrangements avec l’impôt. En 2018, Mediapart révélait ainsi une évasion fiscale à hauteur de 2,5 milliards d’euros de la part du géant du luxe Kering, propriété de la famille Pinault qui a donné 100 millions d’euros pour Notre-Dame.

La fraude fiscale qui fait perdre à l’État français entre 25 et 100 milliards d’euros par an est ainsi l’envers de cette générosité des grands patrons. Des grands patrons qui ont trouvé en Emmanuel Macron une oreille attentive, eux qui veulent pouvoir investir leurs dons où il le souhaite et quand il le souhaite en fonction du taux de rentabilité symbolique du moment, mais pour qui l’impôt constitue une violation de leurs droits élémentaires.

« Les dons aux associations, cela représente trois milliards d’euros par an, et là, on vient d’attribuer en 24 heures un tiers de ce qui est donné à la solidarité.  » note encore Thierry Kuhn. Pourtant, au-delà de l’exaspération de ces associations, il est probable que les centaines de millions d’euros immédiatement mobilisables par le grand patronat n’aient pas échappé à ceux qui luttent contre ce système depuis des mois. Jusqu’alors, c’est à l’Etat que les Gilets Jaunes ont demandé des réponses, peut-être que c’est désormais aussi au grand patronat de demander des comptes.




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