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La Izquierda Diario
4 de février de 2019 Twitter Faceboock

VIDEO. « Construire une force qui soit capable d’organiser la victoire ! » Daniela Cobet au débat de Révolution Permanente

300 personnes étaient réunies vendredi 1er février à Paris à la Générale pour un débat organisé par Révolution Permanente sur le thème : « Gilets Jaunes : le retour du spectre de la révolution. » Dans son intervention Daniela Cobet, du comité de Rédaction de Révolution Permanente, revient sur quelques caractérisations du mouvement des Gilets Jaunes et du rôle que doit jouer l’extrême-gauche vis-à-vis du mouvement des Gilets Jaunes.

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Il est significatif, comme le rappelle Daniela Cobet en ouverture de son intervention, que la bourgeoisie soit plus fébrile que jamais depuis le début du mouvement des Gilets Jaunes : « Je vous invite tous à regarder sur les plateaux le niveau de nervosité qu’il y a dans les sphères du gouvernement, le niveau de peur et de nervosité qu’il y dans les sphères les plus riches, les plus aisées du pays. » Signe qu’il se passe quelque chose.

C’est que le « spectre de la révolution » semblait avoir été définitivement enterré par la bourgeoisie, qui a été stupéfaite et prise à revers par le retour de la lutte des classes en France. « Les classes dominantes de ce pays et d’autres s’étaient fait l’illusion que les révolutions c’était quelque chose du passé, que plus jamais ça ne pouvait arriver, que plus jamais ils n’auraient peur. Un des premiers mérites du mouvement des Gilets Jaunes, c’est d’avoir fait que la peur change de camp ! » « Là pour la première fois ça commence à être le cas. »

Les femmes travailleuses et précaires à l’avant-garde du mouvement

D’autres symptômes encore attestent que le mouvement des Gilets Jaunes a ébranlé la situation politique du pays. Le premier étant l’implication des femmes, et plus particulièrement des femmes précaires, à l’avant-garde dans le mouvement des Gilets Jaunes. « A chaque fois que les femmes et les femmes les plus précaires, dit Daniela Cobet, les femmes travailleuses sont en première ligne c’est qu’une révolution était en train de commencer.  » Non seulement ces femmes sont en première ligne, mais surtout, ce sont elles, pour la plupart mères célibataires « qui sont des actrices du mouvement des Gilets Jaunes. Et qui montrent d’une certaine façon que le visage de la pauvreté et de la précarité en France aujourd’hui, c’est un visage de femme. »

Plus encore, et second symptôme de l’ampleur et la profondeur du mouvement : la proportion énorme des blessés. La violence d’état, qui a atteint un seuil sans précédent depuis mai 68. Car si cette répression vise à instaurer un régime de la terreur, c’est tout le contraire qui se passe, avec une détermination sans faille de nombreux blessés, dont deux présents au cours de la soirée à la tribune, Antonio, blessé à la jambe par une grenade de désencerclement, et Franck, éborgné suite à un tir de flashball, deux mutilés qui ont participé le lendemain en première ligne à l’acte XII en hommage aux blessés. Car, comme l’a rappelé Daniela : « Quand on voit le nombre d’éborgnés, le nombre de blessés graves, le nombre de gens qui ont perdu un membre et que le mouvement continue, déterminé, et que ces mêmes personne en sortent avec la détermination qu’on vient de voir ici, je pense que ça fait écho à des mouvements très forts dans l’histoire, qui font écho à celui que décrit Rosa Luxembourg en 1905. »

Espérer qu’un mouvement révolutionnaire naisse déjà sans aucun contradictions...c ’est du pur idéalisme

En cela, comme l’a encore rappelé Daniela, comme tout mouvement de masse, le mouvement des Gilets Jaunes est traversé d’une certains confusion politique – qui ne doit pour autant pas, au contraire, constituer une excuse pour que le forces de gauche n’y interviennent pas. « Est-ce qu’il y a de la confusion dans le mouvement des GJ ?... Est-ce qu’il y a des personnes d’extrême-droite ? Oui, oui. Mais espérer qu’après 40 ans sans révolution ; avec le rôle qui est celui joué par les directions syndicales et des principaux partis politiques, espérer qu’un mouvement révolutionnaire naisse déjà sans aucun contradictions...c ’est du pur idéalisme dans le mauvais sens du terme. »

A ce titre, le mouvement des Gilets Jaunes place les forces de la gauche révolutionnaire face à des responsabilités historiques, que les contradictions du mouvement ne peuvent éluder, sans quoi le terrain sera libre pour que les forces réactionnaires et de l’extreme-droite avancent leur agenda au sein du mouvement.
Car si « les processus révolutionnaire et les révolutions sont des processus vivants », alors « c’est aux forces révolutionnaire, aux forces combatives, aux forces de la gauche révolutionnaire d’essayer de disputer le contenu de ce mouvement. Tant que la gauche continuera d’avoir une énorme frilosité vis-à-vis du mouvement des GJ... et à ne pas y aller jusqu’au bout, le travail des droitiers, des fachos, il sera plus facile. Nous avons un rôle à jouer dans le mouvement des GJ et vis-à-vis du mouvement des GJ. »

Toutefois, l’engagement aux cotés des Gilets Jaunes n’exclut pas une discussion sur les limites théoriques et pratiques, les contradictions qui traversent le mouvement. « On est à fond dans le mouvement, dit Daniela, mais on est pas acritique. On voit bien les contradictions qu’il y a l’intérieur du mouvement. » Une façon d’ouvrir la discussion sur trois points avec les Gilets Jaunes.

1/ « Qui sont les Gilets Jaunes ? »

Tout d’abord la caractérisation politique du mouvement. Marqué par une conception politique, sans référence aux clivages de classe, « les Gilets Jaunes se revendiquent comme le peuple. » Or, le paradoxe est que cette conception populiste a été récupérée par la manifestation anti-Gilet Jaune des « Foulards Rouges », revendiquant eux aussi de former une partie du peuple. En effet, comme l’a fait remarquer Daniela, « le mot « peuple » permet cette ambiguïté là. Macron fait partie du peuple, Bernard Arnault fait partie du peuple, ce sont des citoyens. Pour nous, le mouvement des Gilets Jaunes aurait à raisonner un peu moins en termes de peuple, et un peu plus en termes de classe. »

A ce titre, revendiquer un clivage de classe est nécessaire et déterminant pour continuer à faire avancer le mouvement. Car bien « qu’ils ne se voient pas en tant que tel », ce mouvement est celui « d’une énorme majorité de travailleurs ,de prolétaires... » La bourgeoise, classe parasite, accumulant ses richesse en volant leur travail.

2/ Pour un internationalisme de classe

Second point, celui de la nation. Car si « dans les manifestations, la Marseillaise a été investie d’un tout autre contenu », défiant les CRS en chantant, donnant à l’hymne national un caractère subversif, il n’en reste pas moins que ’est « sur le terrain de cette idée de patrie que l’extrême droite fait son marché. »

A ce titre, luttant depuis plusieurs semaines avec un courage et une détermination exemplaires : « le mouvement des Gilets Jaunes a un énorme mérite, c’est d’avoir crée une nouvelle forme de fraternité entre les gens. » Une solidarité qui représente « le meilleur antidote contre l’extrême-droite. » Toutefois, comme y insiste Daniela, c’est sur la base d’une fraternité qui dépasse les frontières, une fraternité de classe, de tous les travailleurs et travailleuses, de tous les pauvres, que « l’extreme droite n’aura pas sa place dans le mouvement. »

3/ les Gilets Jaunes, mouvement « apolitique » ?

Enfin, dernière contradiction, bien que s’auto-qualifiant de « mouvement a-partisan. », voire « apolitique, » le mouvement des Gilets Jaunes est le « mouvement le plus politique dans ce pays depuis très longtemps » comme le rappelle Daniela. En effet, « quand on se dit qu’on veut changer les règles du pouvoir... Supprimer le sénat, que les élus touchent le même salaire qu’un travailleur, tout ça c’est politique. »

Or, il s’agit d’une conception de la politique qui diffère radicalement de la propagande disséminée par la bourgeoisie, qui éloigne les travailleurs des vraies questions politiques, terreau de la frustration, de la colère et de la résignation. « On met tous les jours dans la tête aux travailleurs que la politique c’est mal, c’est juste une façon de dire : « ne vous occupez pas, laissez nous la politique, aller au boulot et fermez vos gueules. »

Et s’il est une chose que le mouvement des Gilets Jaunes a remis à l’ordre du jour, c’est bien, concrètement, la possibilité d’une toute autre politique, une politique des travailleurs et des travailleuses, « qui méritent d’avoir de quoi subvenir à leur besoin, même plus ,qui méritent d’avoir accès à la culture ,à l’art, d’avoir du temps libre, de voyager, de prendre des vacances, car on produit assez de richesses pour faire tout ça. Et si on ne peut pas le faire, c’est parce qu’une minorité de parasites qui s’accaparent le produit de notre travail. »

En effet, à la politique de classe du gouvernement de Macron, qui dilapide des millions en les offrant au patronat, doit répondre une politique de classe de la part de la classe ouvrière. « Notre problème, reprend Daniela, ce n’est pas de s’attaquer juste à Macron, même s’il le faudra, mais de s’attaquer à la classe qu’il représente, la classe sociale des bourgeois, qui obtiennent leur richesse sur la base de la sueur et du sang des travailleurs et travailleuses. »

Une lutte contre « Macron et son monde, » Macron et sa classe, qui ne passera pas sans une mobilisation des deux forces sociales qui en France ont historiquement permis de faire basculer une situation : le monde du travail et la jeunesse. « Et c’est ça qu’il va falloir construire, insiste Daniela, comment on transforme le mouvement des Gilets Jaune en quelque chose qui aille beaucoup au delà et qui entraine l’ensemble des travailleurs, l’ensemble de la jeunesse. »

« Construire une force qui sot « capable d’organiser la victoire ! »

Enfin, Daniela Cobet a conclu son intervention sur la question, devenue nécessaire, de l’organisation face à la répression policière brutale. Car si la brutalité de la violence d’Etat a bien montré une chose, c’est bien que « ces parasites qui sont là haut ne vont rien lâcher par eux-mêmes. » Et si « en face, ils sont organisés », de là, les conclusions en découlent : ça nécessite une certaine forme d’organisation. « Non seulement pour faire dégager Macron, non seulement pour essayer de faire la révolution. Mais pour y parvenir. Pour vaincre. Construire une force qui soit « capable d’organiser la victoire. » Car en effet, « notre problème, conclut Daniela, n’est pas juste de se battre, ce n’est pas juste d’essayer de faire la révolution, on veut vaincre, on veut la gagner. »

Crédit photo : Au Phil des contrastes

 
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